[Focus studio] L’animation chez Warner Bros.

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La petite nouveauté de ces Focus Studio, détachés des classiques Work in Progress, est qu’ils ne sont pas accessibles via une réservation : premiers arrivés, premiers servis !

Ce qui explique à la fois l’heure et quart d’attente pour entrer dans la salle Pierre Lamy, mais aussi l’absence dans ces pages du Focus Studio DreamWorks Animation car aucune personne de l’équipe n’ayant pu se dégager une telle plage horaire aussi large afin d’y entrer ! Pour vous donner une idée, certains étudiants faisaient carrément la queue cinq heures en avance pour accéder au Focus dédié à Disney Animation…

Mais revenons à nos moutons, euh, à nos cigognes ! C’est le producteur Brad Lewis, vétéran de Pixar, qui nous accueille dans la salle et nous avertit qu’à l’heure qu’il est, il faudra se méfier de la baisse d’attention due au manque de caféine, déclenchant des rires dans l’assistance.

Avant de commencer ses explications, Lewis fait diffuser un clip de promotion des films et des futures sorties du Warner Animation Group, ou WAG. Se succèdent des images de La Grande Aventure Lego, du film Lego Batman de Chris McKay et plus loin dans le temps, un extrait du film Lego Ninjago de Charlie Bean (l’excellente série Tron : La révolte), où l’on a pu apprécier une scène de combat dans une cuisine, très réminiscente des chorégraphies des films de Jackie Chan, qui aura par ailleurs une voix dans ce film.

Puis de nombreux concept arts se sont succédés : des images de Small Foot, le film en développement de John Requa et Glenn Ficarra sur une idée de Sergio Pablos, et des images de S.C.O.O.B., le futur film d’animation mettant en scène Scooby-Doo, avec aux commandes Tony Cervone, qui doit être un point d’entrée pour de nombreux héros du groupe Hanna Barbera au cinéma. Le look de Scooby et de l’équipe de la Mystery Machine tranche avec le côté cartoony de leurs aventures télévisuelles, et il sera intéressant de voir tout ça en mouvement dans les années à venir.

Mais tout ceci étant encore loin, Brad Lewis resitue le projet Cigognes et Compagnie, qui aura pris presque deux années et demie pour se concrétiser, la raison de ce délai se trouvant dans la politique même du WAG. Selon le groupe, il est nécessaire que chaque film soit mené par un réalisateur et que ce dernier ait une totale liberté créative quant à la réalisation de celui-ci, quitte à chambouler le processus traditionnel de production afin de préserver sa signature.

Nicholas Stoller, plus connu pour ses films comiques tournés en live, comme Sans Sarah rien ne va, Les Muppets, ou Nos pires voisins et sa suite, était un nouveau venu dans le monde de l’animation, et c’est sa capacité à faire improviser ses acteurs et à tourner de nombreuses fois se scènes, une méthode héritée de Judd Apatow et Paul Feig, qui ont séduit le WAG.

Mais comment reproduire une telle chose en animation ? Brad Lewis élabore :

Les premiers temps ont été assez compliqués, car la chose se déroulait comme ceci : Nicolas contribuait au script mais n’était pas très satisfait de la tournure que cela prenait. Pour lui, ça manquait de vitalité. Il est donc parti en studio d’enregistrement avec ce matériel et le cast et là, tout a été jeté à la poubelle au profit d’une interaction très vivante avec les acteurs et actrices.

C’est là qu’a finalement été décidé un schéma de travail. Le réalisateur passait en enregistrement avec le casting, les scènes étaient jetées et improvisées, puis les meilleures implémentées dans un nouveau script storyboardé, puis le résultat analysé afin de savoir ce qui serait gardé, avant de repartir pour un tour en studio. Et c’est uniquement au bout de deux ans qu’a émergé un film réellement satisfaisant pour Stoller, qui devait de plus se plier aux règles du spectacle tout public.

C’est à ce moment que Brad Lewis a décidé de nous monter un certain nombre de séquences du film, certaines quasi achevées, d’autres encore en partie ébauchées, Sony Imageworks étant en pleine phase d’animation et cherchant toujours à affiner certaines postures de personnages, qui devait rester dans un certain terrain, moins cartoony que pouvait l’être des films comme Tempête de Boulettes Géantes.

Lewis précise également que la musique des séquences est temporaire, les musiciens Jeff et Mychael Danna (Le Voyage d’Arlo, L’Odyssée de Pi) ayant été embauchés pour composer l’ensemble.

Les premières séquences permettent de remettre en contexte les personnages du film : Nate (Anton Starkman) ne supporte plus le fait d’être enfant unique, coincé entre une mère (Jennifer Aniston) et un père (Ty Burrel) obsédés par leur travail. Du côté des cigognes, Junior (Andam Samberg) doit prendre la relève de Hunter (Kelsey Grammer), qui a fait du business de livraisons de colis une affaire très rentable. Pour prouver qu’il a les épaules pour ce travail, il doit renvoyer l’orpheline Tulipe (Katie Crown), ce qui semble plus facile à dire qu’à faire.

Ces trois séquences d’introduction nous ont permis de constater les désirs esthétiques du film, dont la lumière est très naturelle. Les mimiques des humains, comme celles des animaux, sont outrées mais possède une limite, car une partie du rythme comique passe par les voix et par le montage, dont les raccords parfois très rapides, émule celui des comédies live de Stoller.

Une autre séquence où Nate essaie de convaincre son père de lui accorder du temps pour fabriquer une piste d’atterrissage pour cigognes, montre que le personnage de l’enfant possède aussi son caractère et que les répliques entre père et fils fusent à la vitesse de la lumière pour un impact comique maximum.

Une autre scène, plus émotionnelle, permet de montrer que le film, malgré les rires qu’il provoque, essaie de prendre soin de ses personnages en montrant la relation entre Tulipe et Junior, tous deux des outsiders dans cette histoire où ils sont poursuivis par Toady le pigeon (Stephen Kramer Glickman), avant de repartir sur un gag classique mais efficace du bébé qui ne dort pas de la nuit.

Mais les séquences ultérieures enfoncent le clou avec un certain brio : tout d’abord avec celle de la meute de loups, dont les deux leaders sont vocalisés par le duo d’humoristes Kay & Peele, qui deviennent complètement gagas lorsque le bébé fait risette. S’ensuit un tabassage en règle de Junior afin de faire diversion, véritable escalade comique entre la cause (les coups) et l’effet (les loups qui vont exploser devant tant de mignon).

S’ensuit la séquence qui a déclenché le plus de rire de la part du public, surnommé par Lewis “Le combat silencieux” : notre duo, qui s’est fait voler le bébé par une troupe de pingouins, s’équipe d’une armure bricolée à partir de colis sphériques et confronte les kidnappeurs, qui viennent juste de réussir à endormir l’objet du délit. Personne ne souhaitant réveiller l’enfant, le combat entier se fait tout bas, chacun essayant d’éviter de crier, pour un résultat comique du plus bel effet.

Une dernière scène a été montrée, mais n’étant pas un divulgâcheur, je ne vous en parlerai pas et vous laisserai la découvrir en salles, et c’est sur des applaudissements que Brad Lewis s’est attelé à répondre aux quelques questions du public, dont quelques-unes furent intéressantes.

Lewis est notamment revenu sur la difficulté de trouver la bonne dynamique pour conduire ce type de production et gérer Nicholas Stoller, complètement étranger à ce type d’exercice. C’est là qu’intervenait Doug Sweetland, plus apte à discuter de l’animation du film et à gérer les spécificités, même si Stoller avait toujours son mot à dire sur le résultat final.

Au bout du compte, c’était à lui-même que revenait la gestion de la situation, répartie entre des chefs de postes, issus d’entreprises aux méthodes différentes et rassemblées sur cette production.

La nervosité du studio fut également abordée, et le producteur a ainsi raconté une anecdote où, pour le bien du film, il a été nécessaire d’annuler une réunion trimestrielle avec les cadres du studio afin de leur présenter lors de la prochaine session un film plus efficace :

C’est là que je rentre en jeu, à faire tampon, pour le bien du film. Bien sûr, au-dessus, les gens sont devenus nerveux, mais tout est rentré dans l’ordre lors de la réunion suivante, où ils ont été conquis par ce qu’on leur a montré.

Une autre question revenait sur le degré de liberté accordé aux animateurs pour les personnages. Lewis, issu de Pixar, maintient que c’est important que les animateurs soient sources de proposition dans le cadre fixé au départ, et remarque que, dans les extraits qui nous ont été montrés, certaines poses de Junior nécessitaient encore un peu de travail car celle-ci étaient encore un brin trop outrancières, et donc en contradiction avec le personnage.

Le producteur s’est également déclaré très touché par les réactions du public de la salle, les extraits montrés étant selon lui la première fois que le studio montrait autant de nouvelles images du film à un public extérieur.

Même si la narration globale reste encore dans l’ombre, je ne peux pas vous affirmer que le film sera 100% aussi drôle que les morceaux qui nous ont été donné à voir. Toutefois, ils vont dans la bonne direction, et j’avoue que je suis assez impatient de voir le film dans son intégralité pour juger de son efficacité.

l'auteur

Nicolas

Éditorialiste et contributeur occasionnel. Amateur de toutes formes d'animations. Adore fureter sur l'internet avec sa lampe frontale pour dénicher des raretés animées. Écrit ses autres lubies et obsessions pop-culturelles sur Grawr.fr.

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