Créateurs & amis – Dans les coulisses de “Le Monde incroyable de Gumball”

Like Ne bougez pas Dislike
 
0
Print Friendly, PDF & Email

Le temps passe vite ! Diffusée depuis 2011 sur la chaîne Cartoon Network et se dirigeant vers une sixième et ultime saison pour son créateur Ben Bocquelet, Le Monde incroyable de Gumball a eu son lot d’épisodes fabuleux et non-sensiques en nous laissant explorer l’univers de la famille Watterson, mélange alors jamais vu de 2D et de 3D, couplé à des décors photographiques représentant leur ville d’Elmore.

Primé à Annecy la même année pour l’excellent épisode “La Quête”, issu de la première saison et prouvant que Ben Bocquelet et Mic Graves n’ont pas attendu avant de proposer des intrigues à double destination bourrée de références, le panel Créateurs & amis fut l’occasion de revenir sur les dernières réalisations d’artistes invités ayant eu lieu sur la série, ainsi que d’honorer un collaborateur de longue date : Ben Locket.

Retour sur la genèse de Gumball

Bocquelet est revenu sur le moment où, lassé de tous ces personnages refusés qui hantaient ses carnets et ses fichiers images lors de son précédent travail au studio AKA, il a décidé de les recycler pour le pilote à proposer au programme du Cartoon Network Development Studio Europe, avec comme sujet qu’ils sont internés dans un centre de réhabilitation. Une idée un peu trop extrême dans le fond, mais la multiplicité des designs proposés servira de base pour peupler les personnages de la ville d’Elmore, après avoir été retravaillés pour être un peu plus adaptés à une série familiale. De même, la série est la première à présenter des décors photoréalistes mêlés à une direction artistique qui peut sembler dissonante, alors même que c’est le but de la série de proposer des personnages qui sont visuellement différents de la norme proposée par les autres séries.

La création du pilote fut l’occasion de sceller un certain nombre de ces idées, ce qui a poussé l’équipe en place à trouver des solutions créatives pour répondre au défi technique. Heureusement, le talent était là, et a donné la création de personnages comme Sussie, personnage dont le visage est un menton inversé, interprété par sa petite amie Aurélie Charbonnier. De nombreux éléments bizarres ont été ajoutés au départ pour le fun et par l’influence d’autres genres cinématographiques sur Bocquelet et le reste de l’équipe, et certains d’entre eux ont permis de concevoir des épisodes entiers lors les saisons suivantes en développant ces clins d’œil.

Les saisons suivantes ont donné l’opportunité à Bocquelet d’inviter un certain nombre d’artistes, confrères ou non, ou de studios avec qui il voulait collaborer sur la série : ça a donné des séquences d’épisodes réalisées par Jérémy Périn (Lastman) sur “L’Honnêteté” ou “La sécurité”, par Jonny Sabbagh et Will Harper sur “Le journal”, le collectif CRCR sur “Les enfants”, Bruno Mangyoku sur “La BD”, le studio 4°C (Amer Béton, Mutafukaz) sur “La Bagarre”, Tim Webb sur “La tordue” ou Yoann Hervo sur “La Fureur”. Autant de collaboration susceptibles de rafraichir le ton des épisodes qui sont, comme les Simpsons, scénarisés avant d’être storyboardés.

Ben Locket – La musique derrière les images

Le musicien australien Ben Locket avait fait le déplacement depuis Londres pour s’exprimer sur son travail, qui comprends récemment Un Conte peut en cacher un autre, nommé comme Gumball aux Emile Awards. Ben Bocquelet rappelle que le thème de la série n’a quasiment pas changé depuis la première proposition : la mélodie était déjà là et à peine été modifiée. Locket a aussi travaillé sur les nombreuses chansons de la série au cours des cinq saisons déjà diffusées, et a gagné de nombreux prix. Vrai geek de la musique, il compose et arrange les mélodies au sein de logiciels d’orchestres virtuels avant de passer à l’enregistrement en live de ses compositions.

Enregistrement de compositions de la saison 3 du Monde incroyable de Gumball (crédit photo Ben Locket)

Simon Landrein – Derrière la création d’une séquence pour “Les skaters”

Illustrateur et réalisateur de renom ayant eu pour client Nike, le NewYorker ou le New York Times, Simon Landrein est entré chez Passion Pictures en 2014. Sa première réalisation, Dock5, date de 2007 lors de son passage à Supinfocom Valenciennes et d’autres ont suivi depuis, comme Wood avec Mc Bess ou HELF. Landrein aime les formats courts ou très courts, et aime également réaliser des animations au seins de ses bande-dessinées ou ses strips, dont l’esthétique en ligne claire pseudo naïve et colorée lui permet de glisser des gags allant de la paire de fesses jusqu’au symbolisme visuel le plus impromptu.

Graphisme de Simon Landrein

“Lorsque Ben m’a appelé pour me proposer de réaliser une séquence de Gumball, j’étais mort de trouille.” raconte Landrein. D’une durée de deux minutes, la séquence de l’épisode “Les skaters” (“The Ollie” en version originale), produite chez Passion Paris, concentre à la fois les idiosyncrasies de son auteur et le sens dynamique de l’action que l’on s’attend à trouver dans la série, une impression d’autant plus renforcée que le  réalisateur a dû composer avec les systèmes de censure d’une émission jeunesse créée pour la télévision.

“Si vous voulez savoir pourquoi Gumball passe par-dessus un hot-dog géant à roulettes, c’est parce que je n’ai pas eu le droit de le montrer passant au-dessus du capot d’une voiture en mouvement, un geste considéré comme dangereux et que les enfants pourraient avoir envie de reproduire.” Simon Landrein, grand fan de skate et de l’imagerie développée autour de la pratique, en a également profité pour y ajouter un grand nombre de clins d’œil, comme la Santa Cruz Screaming Hand, ou même un gag succinct hommage à ses précédents strips impliquant une main entre deux fesses, un trademark complètement passé sous le radar de la censure !

Blink Industries – De “Don’t Hug Me I’m scared” à “Les marionettes”

Don’t Hug Me I’m scared ! Voilà un titre qui n’a pas échappé aux amatrices et amateurs d’œuvres bizarres et déglinguées. Avec six épisodes de produit entre 2011 et 2016, cette web-série animée surréaliste et sombre conçue par Becky Sloan et Joseph Pelling a gagné en renom et en portée au fur et à mesure des années, depuis le premier épisode autofinancé, un second soutenu par Channel 4 puis un kickstarter réussi ayant accouché des opus suivants, dont certains ont été nommés de par le monde dans des festivals, dont Annecy en 2014 pour l’épisode 2, Time.

Une image Safe for Work de Don’t Hug Me I’m scared (oui, il y en a).

Le collectif Blink Industries tenant à son indépendance, a toujours refusé de produire des épisodes pour la télévision afin de garder une totale liberté créative, ce qui se comprend car au-delà de ses airs de  la veine de  2, rue Sésame le contenu est souvent dérangeant et malgré l’usage de laine et autres matières innocentes, la dépiction faite des tripes, de la pourriture des corps ou de la folie peut être assez perturbante pour le profane. Il est pourtant logique que Ben, fan de leur travail, les ai invité à travailler sur la série, donnant deux segments distincts : Waiting for Gumball, des mini-épisodes mettant en scène les marionnettes de Darwin et Gumball, ainsi que “Les marionnettes”, un épisode où les garçons retrouvent leurs vieux jouets, mais réalisent rapidement que ceux-ci veulent se venger d’eux pour les avoir oubliés…

Il aura fallu trois mois pour l’équipe de Blink pour animer les séquences animées du monde où Gumball et Darwin sont projetés, sans parler de la conceptualisation des marionnettes, qui sont créées en 2.5D, ce qui nécessite de pouvoir modifier les yeux, les oreilles et la bouche des personnages, dont l’esthétique très tranchée devait se transcrire clairement mais en ayant une touche spécifique au collectif.

Les séquences produites par Blink Industries et réalisées par Simon Cartwright et Baker Terry, outre le fait que Becky et Joe aient également contribué au scénario, font de l’épisode “Les Marionnettes”, diffusé le 27 novembre sur Cartoon Network France, un OVNI d’autant plus étrange parmi les autres séquences extérieures réalisées pour le Monde Incroyable de Gumball, l’essence même du malaise insidieux qui vous prend en regardant Don’t Hug me I’m Scared étant bien présent mais à un niveau plus acceptable, ou accessible, pour le public de la série. De l’autre côté, les mini-épisodes Waiting for Gumball, un peu plus conventionnels, sont des intermèdes rafraichissant dans la promotion de la série.

l'auteur

Nicolas

Éditorialiste et contributeur occasionnel. Amateur de toutes formes d'animations. Adore fureter sur l'internet avec sa lampe frontale pour dénicher des raretés animées. Écrit ses autres lubies et obsessions pop-culturelles sur Grawr.fr.

Laisse une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *