[Critique] Le Prophète.

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Ce n’est pas sans une certaine impatience que j’ai assisté à la séance d’ouverture du festival, Le Prophète étant pour moi une grosse attente tant le projet est ambitieux. Il s’agit de l’adaptation animée du livre de Kalil Ghilbran, couvert ici par une pléiade d’animateurs dont les courts sont liés et orchestrés par Roger Allers, réalisateur plus connu pour le Roi Lion.

Roger Allers, réalisateur (et chef d’orchestre)
Pays : France, États-Unis, Liban, Qatar, Canada
Année : 2015
Sur l’île imaginaire d’Orphalese, une fillette espiègle et muette de 8 ans, Almitra, fait la connaissance de Mustafa, prisonnier politique assigné à résidence. Une amitié improbable naît de cette rencontre inattendue.

L’essence du livre est de partager les poèmes de Mustafa, érudit et prisonnier politique, sur les grandes notions de la vie comme La Joie, La Peine, Le Travail avant son départ au port d’Orphalèse. On se situe dans la tradition orale de concepts riches et parfois délicats, d’où la difficulté de l’adaptation qui ressurgit d’un tel ouvrage.

De la difficulté de l’adaptation…

Cette difficile tâche a été confiée à Roger Allers, qui s’est servi du livre pour construire une histoire autour des différents segments. On retrouve la trame narrative autour du départ de Mustafa, seulement voilà : le réalisateur a rajouté une histoire poignante entre Kamilla, la mère, et Almitra, sa fille obstiné et mutique.

Aux vues de l’exigence du matériau original, cette réinterprétation laisse un goût de trop peu dans sa narration. Le chef d’orchestre s’est laissé porter par le courant disneyen qui a fait sa renommée, du coup dès que l’enjeu autour de la place de Mustafa au sein de la société se resserre, cela se transforme en bouffonnerie sans intérêt. Il faut dire que représenter l’autorité avec un character design évoquant les villageois de La Belle et La Bête a de quoi décontenancer et fait perdre facilement tout sérieux au propos.

L’animation de ce liant m’a semblé datée et sortie tout droit des années 90. On a l’impression de revivre un film d’animation déjà trop de fois vu, ce qui est dommageable en terme de rythme entre chaque segment. J’en étais venu à attendre patiemment que la narration se poursuive pour pouvoir profiter des courts, avec pour conséquence un indéniable décalage entre une histoire moyenne et des segments virtuoses.

… aux morceaux d’exception…

Le roster de réalisateurs choisis est pour le moins notable : on y découvre Bill Plympton, Tomm Moore ou encore Joan Sfar pour ne citer qu’eux. Pour que l’ensemble tienne la route, une homogénéité esthétique a été construite de court en court par le biais de l’utilisation de motifs géométriques récurrents dans les symbolismes. Le rond est associé à la vie et à l’unité tandis que le triangle et les pointes se fondent avec les obstacles à affronter.

Respectant l’oeuvre originale, certains segments se déroulent sur les poèmes déclamés par Liam Neeson. C’est d’ailleurs avec une agréable surprise que l’on découvre que l’acteur apporte une musicalité naturelle aux mots, j’ai donc particulièrement apprécié le court de Joan Sfar sur le Mariage mêlant subtilement et tout en crescendo tango et poésie. Je n’ai hélas pas beaucoup accroché au morceau chanté par Glenn Hansard, comme si le côté folk de la musique détournait l’attention de l’importance du texte.

L’anthologie étant de qualité, je choisis de mettre en avant celui qui m’a le plus marqué. En effet, chaque spectateur y trouvera une esthétique et une thématique qui lui parle. En dehors de celui de Sfar, le segment sur la Mort de Paul et Gaëtan Brizzi m’a scotché par la beauté épurée de son animation. On y suit une silhouette vaporeuse noire sur fond blanc dans laquelle se dessine petit à petit une jeune fille. J’ai aimé la douceur qu’ils confèrent à la gravité de la thématique.

… pour un film de prestige.

Pour conclure, Le Prophète possède toutes les caractéristiques du film de prestige, tant par son chef d’orchestre à la touche mainstream que par les grands noms de l’animation qui portent les différents segments. On ne peut qu’espérer, malgré ses défauts, que le film atteigne un large public afin de faire connaître l’oeuvre originale bien sûr, mais aussi et surtout pour plébisciter la pluralité des univers de l’animation qui le composent.

Si vous avez l’habitude de nous lire, vous savez à quel point nous sommes attachés à la diversité du monde animé. Donc oui, allez voir Le Prophète, vous en ressortirez certainement inspirés et curieux !

l'auteur

Muriel

Podcastrice, rédactrice, amatrice de curiosités et bizarreries animées. Vous pouvez aussi m'entendre faire grawr sur Grawr.fr.

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