[Critique] Lou et l’île aux sirènes.

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Après l’excellent Mind Games en 2004, Masaaki Yuasa est de retour à la réalisation avec Lou et l’Île aux Sirènes, grand vainqueur du Cristal du long-métrage de cette édition du festival.

Masaaki Yuasa, réalisateur

Pays : Japon
Année de production : 2016
Durée : 1H52
Kai est un garçon qui vit dans un village de pêcheurs isolé. Un jour, il rencontre Lou, une sirène qui aime chanter et danser, avec qui il se lie d’amitié. Mais les habitants de la ville ont toujours pensé que les sirènes provoquaient des catastrophes. Il se passe quelque chose qui creusera un énorme fossé entre Lou et les villageois, mettant en danger la ville.

Et une fois de plus, le réalisateur japonais surprend avec une histoire et des séquences animées qui sortent de la “norme” de ce que nous avons l’habitude de voir dans son pays d’origine. Pourtant, Lou et l’Île aux Sirènes se veut être plus accessible que son précédent long-métrage sur un certain nombre d’aspects.

D’apparence conventionnelle, son histoire frôle des thématiques éculées dans le cinéma d’animation orienté adolescent, de part la présentation de Kai, un jeune homme qui quittera sa vie citadine pour rejoindre un petit village de bord de mer suite au divorce de ses parents. Renfermé, isolé, il s’évade en composant de la musique sur son ordinateur dans ce qui s’apparente être une vie bien monotone.

Tout bascule lorsqu’il se fait recruter sans conviction dans un groupe de musique local, qui l’amènera à faire la connaissance de Lou, une étrange petite sirène mélomane qui change de forme au son de ses morceaux. La collision du monde fantastique et celui des humains entraînera son lot de péripéties et d’aventures, où des questions classiques d’acceptation, d’intégration et d’ouverture seront abordées pour un dénouement final explosif plein d’émotion.

Mais pour détacher son film d’une appréhension qui pourrait paraître scolaire, la touche de Masaaki Yuasa, découverte dans sa précédente réalisation, opère. L’arrivée de Lou provoque un chamboulement non seulement dans la vie de Kai, mais aussi dans la narration et l’esthétique visuelle. Au fantastique impliqué par l’existence des sirènes, le réalisateur ajoute une grosse touche de folie en terme d’animation, mais aussi de rebondissements.

Les personnages qui s’étirent, les mouvements qui se font plus cartoon à la Tex Avery, les mimiques déformées qui sortent du chara design original sont autant d’exemples d’expériences graphiques qui nous sont offertes pour donner des scènes hallucinées et hallucinantes, à la limite du jouissif tant le contraste est fort. Les scènes de danses, qu’on croirait sorties d’un trip sous LSD, en sont une parfaite illustration.

Mais ces effets de style n’ont rien de gratuit. Comme dit un peu avant, ce grain de folie influe fortement la narration et notre perception des deux mondes que l’on rencontre. Chaque déformation, chaque fantaisie graphique, est utilisée pour appuyer un moment clef de l’histoire pour le rendre soit plus intense, soit plus irréel. La scène avec les chiens nous montre que la sirène n’est pas qu’une simple créature des fonds marins, alors que le rush halluciné du père de Lou, personnage fabuleux sous tous ses aspects, dans les rues du village appuie sa détresse et la gravité de la situation. Et ce n’est qu’une petite partie que ce que Lou et l’Île aux Sirènes nous offre.

Je pourrais comprendre que l’on n’adhère pas au film, tant celui-ci est particulier et présente un aspect légèrement excentrique parfois extrême. Mais l’ensemble est si frais dans un univers cinématographique régulièrement trop scolaire, qu’on aurait tort de ne pas l’embrasser. D’autant plus quand le tout s’avère être émouvant, porteur d’espoir et très très drôle, bien que sa conclusion soit en légère demi teinte par rapport au reste de l’histoire.

En bref, il n’est pas dur de comprendre pourquoi Lou et l’Île aux Sirènes sort du lot et ait pu s’illustrer dans la sélection officielle du festival d’Annecy. Avec son style personnel, qu’il aurait presque vulgarisé dans ce métrage, Masaaki Yuasa nous délivre quelque chose de différent et jubilatoire, sur un fond plus que maitrisé. Je ne peux que vous le conseiller pour découvrir une alternative à l’animation connue du pays du soleil levant, encore plus quand c’est aussi bien fait.

8/10

l'auteur

David

On dit souvent que les loutres, c'est cool. Et bien on a raison et même plus encore. David en est justement une, de celles qui aiment manger des kg de films d'animation et en parler par ici. On dit aussi qu'il le fait parce qu'il aime les coups de fouet d'Anthony, mais chut !

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