[Critique] Sabogal.

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Ces deux dernières années, la sélection officielle a affirmé son engagement pour les films d’animation à caractère politique. Cette année, Sabogal en fait partie et nous montre la situation délicate de la Colombie dans les années 2000.

Juan José Lozano et Sergio Mejía Forer, réalisateurs

Pays : Colombie
Année : 2015
Sabogal, avocat et défenseur des droits de l’homme, enquête sur des crimes contre l’humanité commis entre 1999 et 2005 par les forces paramilitaires et le Département de la sécurité (DAS) en Colombie.

On y suit les investigations du héros éponyme, avocat et défenseur des droits de l’homme dont le chemin va croiser celui des FARC et des narcotrafiquants. Dans une atmosphère qui fleure bon la corruption politique, ces révélations auront un impact sur sa vie privée comme professionnelle.

Sabogal est au départ une série télévisée de treize épisodes qui a été condensée pour en faire un long-métrage, une décision qui nuit au récit des enquêtes, pourtant intéressantes. En effet, le film récupère les défauts propres à la sérialisation. De ce fait, la gestion d’une trop grosse quantité d’informations pour une durée de seulement deux heures est maladroite et provoque la création d’un faux rythme lancinant qui glisse le spectateur dans une traîtresse torpeur.

Aux vues de l’importance des enjeux, l’histoire aurait mérité d’être retravaillée pour sa diffusion en long-métrage. En l’état actuel, on perd facilement le fil et un désintérêt s’installe, ce qui est bien dommage !

Les deux réalisateurs ont choisi la motion capture pour donner vie aux différents protagonistes de l’investigation. Seulement voilà, on ressent le manque de moyens de cette production au travers d’un chara design discutable et un surjeu des acteurs digne d’une telenovela (ce qu’on peut qualifier de Feux de l’Amour latino-américain) ce qui n’est pas vraiment l’objectif premier ici.

Pour vous donner un aperçu du malaise, les personnages ont une bouche qui ressemble à une sorte de bec. Du coup, lorsque Sabogal embrasse sa femme ou son assistante (oui, c’est un séducteur latino pur jus !), on a l’impression de voir Donald rouler une pelle à l’oncle Picsou. Un vrai tue-l’amour !

Heureusement, on a quelques moments de répit grâce aux interstitiels qui résument les différents éléments de l’enquête. On y découvre une animation certes limitée mais avec un grand soin en termes de composition et de couleurs, l’ensemble étant apposé comme de la gouache. On arrive ainsi à percevoir la rudesse des meurtres et autres affaires sordides.

Sabogal possède de l’ambition en portant un sujet politique fort, et une volonté esthétique clairement présente par l’utilisation de moyens techniques innovants. Mais le film se retrouve coincé dans sa démarche par son trop plein d’informations mal digérées et son manque de subtilité dans l’animation.

Je l’ai vécu comme une grosse déception car j’en attendais beaucoup. Je continue cependant de croire en la place et l’utilité des longs-métrages politiques au sein de la sélection officielle du festival.

Seulement pour Sabogal, je suis resté le bec dans l’eau !

l'auteur

Muriel

Podcastrice, rédactrice, amatrice de curiosités et bizarreries animées. Vous pouvez aussi m'entendre faire grawr sur Grawr.fr.

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