[Critique] The Man Who Knew 75 Languages.

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Chaque année, Annecy nous régale avec des films qui mélangent les médias ou utilisent d’autres manières de nous raconter des histoires qui n’auraient ni les moyens, ni la possibilité d’être exploitées dans le strict secteur du live. C’est le cas de cet “homme qui connaissait 75 langues”,  inspiré par la vie du prodige qu’était Georg Sauerwein, défenseur des langages minoritaires au sein de Allemagne impériale de la fin du XIXème siècle.

Anne Magnussen, réalisatrice, et Pawel Debski, directeur de l’animation et co-réalisateur.

Pays : Norvège, Pologne, Lituanie
Année de production : 2016
Durée : 1H05

Le drame d’un homme brillant et son amour infini pour la princesse Élisabeth de Wied, devenue reine de Roumanie. Contrarié en amour, Georg Sauerwein va se battre pour le droit de parler et d’écrire dans sa langue maternelle. À cause de ce combat, Georg deviendra la personne la plus calomniée dans la presse allemande.

Aller à Annecy et écumer la sélection hors-compétition, c’est l’assurance chaque année de tomber sur des films à la singularité surprenante, et j’ai eu la chance de choisir The Man Who Knew 75 Languages entre ceux que je pouvais voir. Tenez : l’adaptation de la vie de l’intellectuel Georg Sauerwein, qui eut à la fin du XIXème siècle le courage de s’opposer à l’impérialisme Germanique en défendant les langues des minorités qui peuplent le territoire de Guillaume II.

Le film prend toutefois le soin de ne pas se laisser encombrer par son contexte historique et reste accroché aux pas de Sauerwein, depuis ses tutelles au Pays de Galles jusqu’à sa relation touchante avec la jeune Élisabeth de Wied. Cette amorce de romance, étouffée dans l’œuf, tiendra lieu de fil rouge pour la suite du film, qui ne bascule pas non plus dans le piège de la comédie romantique, bien que les quelques séquences évoquant ce sentiment soient magnifiquement réalisées.

Ce qui nous amène à la technique même déployée pour The Man Who Knew 75 Languages qui fait partie de cette catégorie absconse du “mixed medias”. Ici, c’est un mélange de décors live et d’animation pour les personnages, auparavant des acteurs et actrices servant de modèles qui ont été rotoscopé. L’animation étant supervisée par Pawel Debski (Hipopotamy, Lumberjack) pour un résultat qui rend finalement très bien à l’image, grâce à un gros travail de compositing, même si les choix esthétique ne sont pas aussi radicaux que ceux opérés dans La Passion Van Gogh.

On gagne par ailleurs en constance du trait et c’est une animation fluide que l’on admire à l’écran, avec un petit côté ligne claire qui rend le character design instantanément accessible, tandis que la très belle lumière de Gvidas Kovera et les décors font un gros travail pour crédibiliser le côté historique, tout ne se mettant pas en compétition avec l’animation pour appuyer un côté naturaliste qui évoque la peinture européenne de l’époque sans tomber dans le piège du recopiage grossier.

Si le métrage ne s’encombre pas de trop de références historiques, les coupes sur une carte de l’Europe montrant les tribulations de notre héros sont quant à elles les bienvenues, depuis la Croatie à la Lithuanie jusqu’à la Norvège. Sauerwein fait preuve d’une forme d’héroïsme discret mais engagé, et son antagoniste principal est plus sociétal et systémique qu’un réel personnage secondaire, même si le jeune Georg aura fort à faire avec le beau-père de son élève qui parle et résonne comme l’air nationaliste et impérialiste de cette époque.

Il faut dire que Sauerwein est à la fois un produit de son époque et le symbole des luttes : il est très éduqué, combat les inégalités en commençant par celles de son domaine, basé sur les langues, il est pacifiste… autant de qualités qui en font un objet de colère, tant la mentalité allemande de l’époque était à l’unification par la seule vraie langue, la leur bien évidemment, ce qui vaut des menaces et des pressions allant jusqu’à l’agression une fois la nuit tombée.

Au final, le film, qui ne dure pas grand-chose de plus qu’une heure, pourrait être fustigé par les fanas d’animation pour son usage de la rotoscopie, considérée comme de la triche, mais c’est bien cette technique qui donne au film d’Anne Magnussen et Pawel Debski un certain cachet visuel. Elle permet d’introduire efficacement le personnage titre qui parle dans de nombreuses langues dans le film, ce qui donne pour une fois un exemple total de l’usage des sous-titres ! À considérer si lire en regardant un film est un souci pour vous…

l'auteur

Nicolas

Éditorialiste et contributeur occasionnel. Amateur de toutes formes d'animations. Adore fureter sur l'internet avec sa lampe frontale pour dénicher des raretés animées. Écrit ses autres lubies et obsessions pop-culturelles sur Grawr.fr.

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