[Dossier] Moi, moche et méchant 3.

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Il y a maintenant presque 7 ans en France débarquaient Gru et ses Minions dans nos salles de cinéma. Et aujourd’hui, c’est le 3e film de la franchise de que nous pouvons découvrir, deux ans après le spin-off sur les petites bestioles jaunes.

A Annecy, j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer Pierre Coffin le réalisateur, ainsi que Eric Guillon le directeur artistique pour parler du film. Une belle occasion de vous concocter un petit dossier, avec la critique de Moi, moche et méchant 3 en page 2 et une interview des plus posées en page 3 !

Critique du long-métrage

Après deux films, et un récent spin-off sur ses jaune larbins, le plus moche et méchant de tous les héros est de retour au cinéma pour une troisième aventure. Dirigé par Pierre Coffin, tenancier de la franchise, et Kyle Balda son compère des Minions, que vaut donc ce Moi, Moche et Méchant 3 ?

De haut en bas : Pierre Coffin, réalisateur, et Eric Guillon, directeur artistique
Pays : États-Unis
Année de production : 2014
Durée : 1H30
Dans ce troisième volet, Balthazar Bratt, un ancien enfant star reste obnubilé par le rôle qu’il a interprété dans les années 80. Il va devenir l’ennemi juré de Gru.

Ceux qui me connaissent un semblant savent que je porte en mon sein une appréhension particulière envers toute franchise venant du pays de l’Oncle Sam. Je ne pourrais nier que certaines sont excellentes, mais d’autres m’ont fait sombrer dans une rage folle, le meilleur exemple étant celle de Shrek.

Or quand est sortie la première aventure de Gru il y a de ça 7 ans maintenant, le coup de cœur fut réel. Sans vraiment révolutionner le monde de l’animation, l’histoire de ce anti-héros était très drôle et possédait cette petite touche d’émotion qui la faisait se démarquer d’un marché déjà bien saturé. Un succès au rendez-vous, une suite annoncée, suivi d’un spin-off sur ses bestioles emblématiques mais malgré une qualité toujours présente, le spectre du doute commençait à planer sur moi. Comprenez-moi, un anti-héros méchant qui devient gentil et qui installe ses chaussons au pied de sa franchise, ça ne vous rappelle pas un gros tout vert ?

Mais la franchise de Pierre Coffin réussit elle à se maintenir à un niveau des plus corrects. Toujours très porté sur un humour qui a rendu célèbre ses précédents opus, on y retrouve un Gru qui continue sa vie de consultant méchant en équipe avec sa femme et qui se frotte à un de ses ennemis juré : Balthazar Bratt. Un méchant qui, à mon sens, est la principale réussite du film en termes de ressort comique.

Avec son univers des années 80 dont le personnage n’est jamais sorti, c’est un déluge de références toutes plus hilarantes les unes que les autres qui nous sont offertes. Vas-y que ça se bat en dansant sur du Michael Jackson, en balançant du chewing gum rose bonbon ou avec certains des objets les plus mythiques de cette période ! Et ce n’est qu’un très léger résumé de ce que le personnage a offrir tant on sent que l’équipe du film s’est faite plaisir en créant cet univers délicieux.

En parallèle de ce méchant qui donne un but à Gru dans le film, on retrouve aussi un deuxième axe narratif orienté autour de la notion de la famille. Pierre Coffin et Kyle Balda, après avoir exploré la parentalité et les relations amoureuses dans les précédents films, nous introduisent ici le frère jumeau caché de leur héros, ainsi qu’un développement autour de Lucy qui va approfondir sa relation avec les filles. Ces touches d’émotions, toujours propices à tout de même trouver de nouveaux gags donnent un petit air frais au métrage, en faisant ainsi de lui autre chose qu’un simple film destiné à faire rire et cela fonctionne plutôt bien pour un univers que l’on connaît déjà depuis quelques temps.

Mais voilà, même si les rires et les petites séquences émouvantes sont plutôt bien gérés, avec une mention particulière pour toutes celles de Lucy qui sont particulièrement touchante dans la quête d’acceptation au sein de cette nouvelle famille, il ne règne pas moins qu’un sentiment d’inachevé .

En effet, entre la trame autour du méchant qui bénéficie d’une introduction particulièrement développée et l’arrivée plutôt tardive du frère jumeau au caractère diamétralement opposé, il ne reste que très peu de temps pour vraiment aller au cœur même de l’émotion qu’un tel sujet aurait mérité. Là où dans les autres films tout cela était le cœur de l’histoire, ici cela nous donne plus l’impression d’une histoire secondaire sans réelle profondeur qui conclut tout de même l’ensemble, le rendant assez brouillon.

Trop de sujets ? C’est bien possible, quand on sait en plus que les Minions ont le droit eux aussi à une sérieuse part du gâteau avec une histoire parallèle très drôle, à l’image d’un Scrat dans l’âge de Glace. En tout cas, il y a un sérieux problème de construction qui constitue pour moi le défaut principal d’un film pourtant d’une grande qualité, qu’elle soit technique avec des scènes ahurissantes de dynamisme ou même juste sur la narration à partir du moment où on isole certains des sujets.

Je retiendrais de ce Moi, Moche et Méchant 3 de Pierre Coffin et Kyle Balda un film qui a eu la volonté de raconter des choses et de continuer à toujours plus approfondir son univers. C’est agréable, c’est louable, mais le tout manque d’un peu de profondeur. Et c’est dommage, car l’ensemble reste tout de même très divertissant et les rires plus que présents !


Anthony : C’est une nouvelle fois un excellent divertissement, toujours avec un scénario écrit sous ecstasy ! 8/10

7/10

Interview de Pierre Coffin, réalisateur, et de Eric Guillon, directeur artistique

C’est sur une des petites terrasses de l’Impérial Palace que je retrouve un Pierre Coffin, co-réalisateur du film Moi, Moche et Méchant 3, et un Eric Guillon, son directeur artistique, en train d’agoniser de chaleur, le tout pour se prêter au jeu de l’interview ! Une interview tout en bonne humeur et en compagnie de Steve Naumann, du magazine Coyote Mag.

Du haut en bas : Pierre Coffin, réalisateur, et Eric Guillon, directeur artistique

C’est le quatrième film de la franchise, pourquoi vous rempilez ?

Pierre Coffin : Pour moi Les Minions ça ne rentre pas du tout là-dedans, c’est plus un exercice de style. Après je ne l’ai pas revu depuis, j’avais mes propres idées par rapport au film, par rapport à ce qu’il fallait faire et ne pas faire. Mais j’en garde un bon souvenir parce que nous avions énormément de temps et à chaque fois qu’on avait une scène qui ne marchait pas au niveau du script, à chaque fois on arrivait à la faire passer. Cela ne veut pas dire que nous avons fait un bon film, cela veut juste dire que j’ai une fierté par rapport à chaque séquence, ce qu’elle était au début et ce qu’elle est devenue à la fin. D’avoir trouvé une idée d’animation, de rendu, de mise en scène pour pouvoir faire marcher justement tous ces petits morceaux et je pense, encore une fois je n’ai pas revu le film, qu’avec le recul je me dis que cela doit ressembler à un sacré patchwork. J’adore toute l’ouverture du film mais le reste un peu moins. À partir du moment où il y a les humains qui commencent à intervenir, ça devient moins bien.

Et sinon pour le troisième je me suis que de toute façon il n’y avait personne d’autre pour le faire. *rires* Je me suis dit que je pourrais frimer parce que j’aurais fait ma trilogie ! *rires* Par contre, c’est mon dernier film de la franchise.

Eric Guillon : Pour moi c’est un peu différent parce que j’explore l’univers visuel à chaque fois donc c’est un peu une autre démarche et une autre recherche. Donc à chaque nouvel épisode entre guillemets qu’est-ce qu’on va pouvoir mettre en place visuellement, quelles nouvelles choses. Il y a toujours un petit challenge pour essayer de se renouveler, rafraîchir un peu l’image.

Pierre Coffin : C’est plus lui qu’il faut connaitre que moi, c’est vraiment lui qui fait tout ! *rires*

Eric Guillon : Moi je ne parle pas normalement ! Je dessine juste et je dis rien, je ne sais pas pourquoi je suis là aujourd’hui ! *rires*

Pierre Coffin : Mais justement, c’est super intéressant ! En fait Eric a bossé sur tous les projets transversaux et c’est lui qui en est à la toute base. Par exemple pour le film Les Minions, nous nous demandions qu’est-ce qui pouvait bien se passer dans le premier quart d’heure du film. C’est Eric qui, dans son coin, a émit l’idée que cela pouvait peut-être commencer avec des protozoaires, puis ils se transforment et sortent de l’eau, etc. Et tout ceci avec un style graphique bien défini.

Eric Guillon : L’idée c’est de rebondir sur les idées. On en discute !

Comme un brainstorming ?

Pierre Coffin : Non, ça ça arrive plus tard.

Eric Guillon : En général il y a un pitch et puis voilà, il faut chercher à faire des sketchs, il y a toute une bande qui se met en place, le scénariste, Pierre, Chris Meledandri et puis mes dessins et on explore le tout. Le challenge à chaque fois c’est qu’est-ce qu’il va se passer, quel est le nouveau truc visuel qui va faire qu’on a envie de regarder ce film.

Pierre Coffin : Et c’est ça qui donne envie de faire le film. Quand tu vois ses dessins, tu te dis « wow la vache ! J’ai envie de faire ça, ça, ça.» *rires* En fait il y a tellement d’idées, c’est génial d’avoir un style comme le sien où en fait ça raconte une histoire, mais ça ne bouge pas quoi. C’est fabuleux.

D’ailleurs à propos de dessins et de visuels, comme dans tous les films on aborde des univers très différents et dans celui-ci on a le méchant qui est très 80s, avec tout son environnement à côté, on a aussi le village de Dru et les nouveaux personnages. Comment toi Eric tu travailles pour créer tout ça ?

Eric Guillon : Freedonia c’est un peu aussi des envies personnelles. En tant que français qu’est-ce qu’on a envie de ramener dans ce film américain, qui pourrait un petit nous parler, nous emmener aussi.

Y’a un village en France dont tu as voulu te moquer au passage du coup ?

Eric Guillon : Haha, c’est plus la Corse qu’autre chose je crois ! C’est un mélange hein.

Pierre Coffin : On s’est dit que ce serait une thématique insulaire ce qu’on a fait. Ça se voit pas trop, mais quand on regarde un peu dans le fond, en fait tu vois que c’est insulaire car ils se ressemblent tous ! *rires* On a pris des hommes et leur modèle on les a transformé en femmes et inversement ! On a fait la même chose pour l’Angleterre sur les Minions, on a dupliqué tout le monde en changeant des petits détails mais en fait tous ils partent du même modèle quoi.

Eric Guillon : Après je me demande si ce n’est pas des choses visuelles qui vont parler aux producteurs américains, aux scénaristes, etc. car ce n’est pas du tout leurs références non plus. Quand on lit le script au départ c’est plus du traditionnel, du pays de l’Est, un peu du pays de Dracula, voilà c’est un peu stéréotypé dès le départ. Comment essayer de trouver un peu un autre angle pour rafraîchir un peu et moi me faire plaisir quand je dessine. Là ça m’amusait plus de dessiner des cochons, peut-être parce que j’ai des origines paysannes, je n’en sais rien *rires*. J’avais envie de ramener tout ça et ça marche !

Pierre Coffin : Et tu penses que tu as eu plus de difficultés à pondre Freedonia ou à trouver l’espèce d’univers années 80 de Bratt ?

Eric Guillon : L’univers 80 !

Pierre Coffin : Ce n’est pas évident le 80, car chacun a sa petite idée là-dessus et quand il a dessiné son premier élément, cette espèce de tour avec un rubik’s cube en haut, tout le monde était un peu étonné.

Eric Guillon : Là il y a un peu du Moebius, il y a toute sorte de choses qu’on va chercher dans la pop culture de cette époque et puis Bratt c’est de la coupe de cheveux Desireless. Alors c’est sûr que ça va pas parler à tout le monde. *rires* Et puis après la petite touche, c’est la petite calvitie, enfin c’est toujours le petit détail qu’on va voir et qui va te capter visuellement et qui fait que ça devient un personnage intéressant.

Et là justement, il y a le robot géant. Est-ce que c’était indispensable qu’il y ait un robot géant dans une histoire comme ça ?

Pierre Coffin : Moi je ne pense pas. *rires*

Non mais souvent on a vu tellement de séries avec le robot géant à la fin…

Pierre Coffin : Il y avait clairement une référence de toute façon. Moi j’ai eu une enfance un petit peu bizarre, c’est à dire que j’ai passé trois ans aux USA étant môme, de 10 à 13 ans et à chaque fois que j’allumais la télé je tombais sur un robot géant ! Soit des trucs japonais en dessin-animé ou des trucs japonais en live avec des robots avec des mecs dedans, avec des vieilles maquettes pourries, celle qu’on a faite dans le film d’ailleurs *rires*

Au final en France, c’était un peu ça aussi ! *rires*

Pierre Coffin : Oui c’est vrai ! Au final, c’est marrant de voir qu’on a tous eu la même culture à un moment donné. Donc c’est pour ça que tous les designs qu’a fait Eric finalement parlent.

Eric Guillon : On est de la même génération aussi, donc on se retrouve.

Pierre Coffin : Oui voilà et même si les spectateurs ne sont jamais allés dans le sud de la France, en fait c’est comme ça qu’ils se l’imaginent en voyant Freedonia. Bon après ils ne s’imaginent peut-être pas forcément des gens avec cette tête-là à manger du fromage à longueur de journée… Mais avant on était quand même beaucoup plus trash. Tu te rappelles les premiers dessins pour la fête du fromage ? C’était vraiment abusé, avec des fontaines de fromage et tout, mais au fur et à mesure, je ne sais pas pourquoi ça c’est un peu aseptisé. Mais bon ça c’est le propre de bosser avec des américains…

Eric Guillon : Non et puis ça c’était moins au cœur aussi, moins le temps de développer, même si on a pleins d’idées on n’a pas le temps de tout mettre.

Pierre Coffin : La difficulté en fait c’est de pouvoir suivre le script qui évolue semaine après semaine, et vous verrez qu’en fait c’est « ah ils ont changé tout encore… y’a un robot géant ?!! Mais pourquoi ?!! » *rires*

Eric Guillon : Et puis si on y passe pas tant de temps que ça finalement on ne peut pas non plus faire un univers trop complexe, trop difficile à décoder quoi. Il faut qu’en quelques images on ait compris. On peut toujours enrichir, en rajouter, mais on a des limites aussi comme rester très lisible.

Bratt, vilain du troisième volet.

Et pourquoi les années 80 du coup pour le méchant ?

Pierre Coffin : Ah ça c’est une bonne question, parce que au départ c’était les années 70 et moi je disais que non, il fallait arrêter d’utiliser les années 70. Je pense que c’est générationnel. Mon producteur est plus âgé que moi donc pour lui c’était plus les années 70 qui évoquaient des choses aux gens et pour moi c’était les années 80 quoi ! Et ce avant toute la vague qu’on voit maintenant, comme Stranger Things, les derniers X-Men, toutes ces oeuvres là. Il n’y avait pas tout ça et j’étais juste là à me dire mais non mais c’est génial, y’a la musique, y’a le look hyper ridicule donc ça ça nous aide pour le méchant, car on essaie toujours de trouver une touche ridicule au méchant, donc j’ai mis 6 mois sans déconner à essayer de le convaincre ! Et lui il me disait que non, ça ne parle pas aux gens les années 80 !

C’est surtout un domaine qui peut rapprocher plusieurs générations de la cible actuelle des films d’animation, non ?

Pierre Coffin : Ah non mais moi je ne pensais même pas à ça ! Je voulais juste faire un mec avec des pin’s, avec une coupe de cheveux bizarre… enfin tu vois quoi ? Les épaulettes et tout. Donc ça a mis 6 mois et puis il a fini par céder et accepter d’essayer. Grace aux designs d’Eric ça a pu passer au niveau supérieur, puis au niveau de l’histoire ça a évoqué pleins de choses et aidé les scénaristes à trouver des idées. Ça a bien clôturé finalement des sujets que l’on n’avait pas au début, qu’on avait pas pensé. Commencer par exemple par cet espèce de show TV avec Bratt, cet espèce de documentaire sur lui, même si par contre on ne savait pas du tout où on allait avec ça. Les années 80 nous ont donné l’idée du robot géant qu’on aurait tiré du documentaire sur un épisode télé en particuliers. On est parti de quelque chose de ridicule qui s’est transformé en quelque chose de concret dans notre narration à la fin du film et tout ça, ça baigne dans les années 80.  Bon, pas autant qu’on aurait voulu, mais voilà.

Tu viens de dire que vous êtes parti d’un documentaire, que vous ne saviez pas vraiment où vous alliez, vous nous dites que c’était un peu la même chose pour les Minions juste avant en partant sur de petites scénettes… vous marchez souvent comme ça, ce n’est pas trop…

Pierre Coffin : Ah si ! Si si si… *rires* D’autant plus sur celui-là… Quand tu regardes le premier film, c’est un personnage méchant qui devient gentil et qui adopte trois enfants. Le deuxième film c’est encore plus simple, c’est un homme qui rencontre une fille et ils se marient à la fin. Mais là… c’est super dur, c’est un homme qui rencontre son frère. Il n’y a pas une issue simple à la chose, donc après on a dû trouver un truc. C’est deux caractères tellement différents, le père a dit que ce serait bien qu’il y ait quelqu’un qui continue l’entreprise familiale et voilà… ça nous a donné les deux caractères, le méchant et le frère au contraire très gentil, innocent, qui ne pense pas à mal mais juste il y a son père qui lui dit qu’il devait être méchant.

Au niveau technique qu’est-ce que vous pourriez dire qui a changé véritablement par rapport au premier ?

Pierre Coffin : Dans le film en fait, on remodèle les personnages simplement pour faciliter la tâche des animateurs parce qu’il y a 10 ans quand on a commencé, je me rappelle, tout ce qui était assets en fait c’était les assets de Pat & Stanley, la série que j’avais fait avec un hippopotame et un chien, et à chaque fois qu’on avait besoin d’un pot de fleurs ou autre on le prenait là. Et donc au fur et à mesure on a reconstruit les choses et il y avait tout un héritage sur comment on avait construit les objets avec un certain maillage et qu’on a complètement repris simplement pour faciliter tout ce qui est modelé. Le studio a créé un outil magique qui fait que tous les personnages ont le même maillage, les Minions compris, simplement pour avoir tout de prêt déjà. Ce qui est génial c’est que tu as un potentiomètre et des fois il saute et tu vois le personnage changer et c’est génial. Il y a plein de bêtisiers comme ça de Dru qui se transforme en Neferalto, on pourrait presque faire un film là-dessus ! *rires* Techniquement, on a plus fait des changements pour nous faciliter la vie et puis après il y a le moteur de rendu qui a évolué pour nous permettre de faire de toujours plus gros calculs. Maintenant on peut le faire car il y a 10 milliards de processeurs, il y a eu pleins de développements autour avec des anciens de chez McGuff dont j’ai oublié le nom de la nouvelle société.

Vous en parliez tout à l’heure, mais on a trois films qui abordent des thématiques différentes. Le premier sur la famille/paternité, le deuxième sur la relation amoureuse qui donne un peu de profondeur à Gru et là on est plus sur la fraternité et le fait d’approfondir cet aspect. Est-ce que c’est une volonté vis-à-vis du personnage de Gru de lui donner toujours plus de profondeur ?

Pierre Coffin : Ah ça c’est une super bonne question, toi Eric tu étais là depuis le début, moi j’ai pris le wagon en marche.

Eric Guillon : Ce n’est jamais forcément au cœur de la réflexion. On sait que c’est quand même une idée hein, c’est toujours un truc qui est travaillé en parallèle.

Pierre Coffin : En fait on cherche toujours ce qui peut donner lieu à quelque chose d’émotionnel dans le film. A la fin du deuxième acte, quand tout va mal, il se fâche avec l’autre personnage, puis dans le troisième acte il lui court après. Ça c’est assez classique et là, pour le frère, ça nous a posé des problèmes. Il avait été évoqué l’idée d’inclure le père en plus du frère, puis je n’ai plus trop fait partie de la discussion et un jour on m’a dit que ce serait juste le frère…

Eric Guillon : C’est surtout que ça faisait un personnage de moins. Avec le père mais aussi le frère, ça commençait à faire beaucoup. Et puis en gardant le père, comment on pouvait gérer la présence de la mère ? C’est pour toutes ces raisons qu’il a été décidé de ne garder que le frère.

Pierre Coffin : Il y a vraiment en tout cas toujours ce désir de savoir d’où va venir ce petit moment d’émotion dans le film. Donc là il est venu de la personnalité des deux quoi, c’est des frangins et Gru il est au plus bas et il se dit que c’est cool, j’ai un frère et je vais avoir quelqu’un d’autre dans ma vie, dans ma famille et tout est parti de là sans savoir vraiment où on allait.

Mais du coup sur la franchise on peut dire qu’il y a une volonté d’humaniser Gru par rapport à ce qu’il est de base ?

Pierre Coffin : Gru pas trop finalement. Il reste quand même ronchon, il est presque français dans son approche, pour moi en fait il évolue mais ce n’est pas vraiment une évolution… c’est comme dire que Gaston Lagaffe évolue. C’est le même personnage et c’est ça qui est intéressant. Il change par rapport à certaines situations, mais surtout par rapport à la personnalité qu’il a en face. Il rencontre son frère d’accord, mais bon… c’est un lourd, c’est son opposé, mais il va quand même faire un effort.

Il garde sa base, mais il a quelques points faibles quoi.

Pierre Coffin : C’est exactement ça. C’est à dire qu’on le voit à la fin, ils sont toujours en conflit mais c’est un conflit qui peut être amusant maintenant.

Pourquoi Ted Parker pour la voix de Bratt dans la VO ? Est-ce que c’est un fan de la franchise ?

Pierre Coffin : Je crois que c’est un de nos producteurs là-bas qui a eu l’idée… Je n’ai pas eu mon mot à dire, mais c’est amusant ! Ce n’est pas le même univers et sa première réaction c’était « pourquoi moi ? Je n’en ai jamais fait, je n’ai jamais fait de voix pour les autres. Mais je suis ravis de le faire parce qu’on me demande jamais et là si c’est un personnage des années 80, qui est méchant et qui peut dire ce qu’il veut et qui est extraverti, moi je suis partant ! » *rires* Et donc il a accepté ! C’était génial, on a fait de sacrés séances avec lui ! Et le truc le plus intéressant là-dedans c’est qu’il est en train d’essayer de monter The Book of Mormons en animation et là il me demandait « et comment tu fais ci, comment tu fais ça ? » *rires* C’était génial, il est complètement désinhibé et c’est terrible de bosser avec un type comme ça, car la communication est super facile quoi, contrairement aux autres avec qui tu dois mettre les formes.

Vous avez une bonne relation avec les doubleurs, entre ceux qui sont là depuis le début de la franchise et ceux qui arrivent ?

Pierre Coffin : Oui, en général c’est génial. Ils sont contents d’être là, ils s’éclatent ! Ils adorent ça, ils ont un peu grandis avec leurs personnages et je vois à quel point j’ai envie de le faire moi ! *rires* C’est terrible, t’as ta base, tu te concentres juste sur ta performance vocale et puis c’est plus fort que ce qu’ils sont au naturel. C’est rare de dire à des gens « vas-y sur-joue un peu ! ».

Steve Carell, comédien.

Et pour Steve Carrell qui fait deux voix dans le film, pour Gru et son jumeau, cela n’a pas été trop dur à gérer ?

Pierre Coffin : Non, la difficulté a été assez vite surmontée en fait. Car au fur et à mesure du film, on enregistre à peu près 10 fois sur 3 ans et on lui a montré tout du long. Il enregistre sans rien en plus, il n’y a pas de board, il n’y a pas d’animation, il n’y a rien. Alors on lui montre des designs d’Eric et après c’est lui qui part vers quelque chose, on enregistre les scènes, on les monte, on fait des boards dessus et là on regarde tous ensemble, ce qui nous permet de voir qu’à tel endroit c’est carrément trop, que là c’est trop fort… du genre 1H30 de Dru ça va être super énervant… et c’est de lui-même qu’il a changé la voix pour que ce soit plus harmonieux.

Et c’est quoi la suite finalement de Illumination ? Les films à venir ? On ferme la partie Gru ?

Pierre Coffin : Oui non, pour moi  Gru c’est fini oui. Je vais faire autre chose, une année sabbatique et faire mes petits trucs que je vais animer moi-même parce que ça fait genre 10 ans que j’ai rien animé moi-même ! J’ai une petite liste ! Et puis après, je leur dois deux films. Eric lui il bosse sur la suite.

Eric Guillon : Oui, je suis sur plusieurs suites. La suite de Pets, la suite de Tous en scènes et aussi des Minions. Il y a surtout beaucoup de suites pour l’instant, mais il y a d’autres projets aussi à venir, sur lesquels j’ai commencé à travailler.

Merci d’avoir pris du temps pour nous répondre !

l'auteur

David

On dit souvent que les loutres, c'est cool. Et bien on a raison et même plus encore. David en est justement une, de celles qui aiment manger des kg de films d'animation et en parler par ici. On dit aussi qu'il le fait parce qu'il aime les coups de fouet d'Anthony, mais chut !

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