La French Touch selon Laurent Valière – l’interview.

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Malgré des emplois du temps difficiles à faire coïncider, nous avons eu la chance de pouvoir discuter quelques minutes avec Laurent Valière, auteur de “Cinéma d’animation, la French Touch”, paru aux Éditions de La Martinière et Arte Éditions le 11 mai dernier. L’actualité de l’auteur ne s’arrête pas là puisque le festival d’Annecy a décidé d’organiser une exposition autour de son livre pendant toute la durée du festival. Il était également jury dans la catégorie des courts-métrages. Un programme bien chargé qui nous a laissé quelques minutes pour lui poser quelques petites questions.


Avant de commencer l’interview, nous souhaitons mettre en avant le fait que la Fondation Gan, qui décerne chaque année un prix de la Fondation Gan pour la diffusion, est partenaire de cet ouvrage et qu’elle a, à ce titre, réalisé une interview filmée de Laurent Valière. Les propos ont été recueillis par Mathilde Walas sur des images de Pauline Maillet.

Pour compléter ce sujet, Nicolas a réalisé une interview de Dominique Hoff, déléguée générale de la fondation.


Laurent Valière – Photo de C. Abramowitz / Radio France

Avant de vous lancer dans cette aventure, vous avez suivi l’évolution du cinéma d’animation et l’envers de son décors chez France Inter et sur France Culture. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours professionnel?

J’ai débuté comme journaliste dans des radios associatives parisiennes où je faisais des émissions sur des sujets qui m’intéressait. Ma première expérience était en 1999, je travaillais alors pour le Mouv’. Déjà là-bas je travaillais sur des sujets comme Danny Elfman, un compositeur américain qui fait la musique de la plupart des films de Tim Burton. J’avais aussi eu la chance de me rendre sur Bristol, ville d’Angleterre, pour y réaliser un sujet sur les coulisses de Chicken Run. On avait plein de sujets de ce type qui rendaient mes journées passionnantes.

Mes véritables premières émissions sur le dessin animé à proprement dit, c’était sur France Culture avec une émission qui s’appelait “Histoire de”. Je m’en rappelle très bien parce que c’était à cette époque que le Grand Palais à Paris avait décidé d’organiser une exposition sur Walt Disney. J’avais pris mon courage à deux mains et j’étais allé voir le directeur de France Culture pour lui proposer quelque chose. Seulement, il faut savoir qu’à l’époque le dessin animé était toujours considéré comme un sous-genre. Je n’étais pas le premier à proposer quelque chose, loin de là, mais c’est toujours difficile de réaliser des trucs dans ce contexte. Le directeur m’avait répondu “non” mais m’avait proposé de travailler sur le cinéma d’animation dans le monde. On peut considérer que c’est la base du livre que j’ai sorti le mois dernier. C’était tout de même quarante émissions de trente minutes alors le plus difficile c’était tout structurer en quarante épisodes de façon claire et simple à comprendre tout en essayant d’être le plus actuel possible. Je me souviens avoir traité sur deux émissions le sujet du cinéma d’animation japonais. Une autre sur l’image de synthèse… J’avais déjà exploré plusieurs pistes que j’ai traitée dans le bouquin.

France Inter, enfin, c’était plutôt “l’inverse”. On m’a proposé, à travers des émissions estivales, de parler du cinéma d’animation mais à travers de grands personnages mondialement connus comme Donald, Les Shadoks, etc.

Aujourd’hui, je suis journaliste à France Info et je présente une émission musicale sur France Musique tous les dimanche. C’est pour ça que je suis très content cette année que le générique d’Annecy soit une sorte de comédie musicale ! (rires)

Ça ne devait pas être évident, pour l’époque, de parler de “dessin animé” avec la forte connotation “enfant”.

Oui, mais justement ! Avec un traitement “service public” bien sûr. Pour les grands médias populaires, la tendance est de montrer les making-of, les coulisses des productions pour dire que tout se passe à merveille. De mon côté, j’avais vendu mes idées en voulant montrer un contexte plus “rigoureux”, sans forcément passer la pommade.

Cinéma d’animation, la french touch, de Laurent Valière. Cliquez sur le livre pour l’acheter !

Pourquoi vous être lancé dans l’aventure d’un livre? Il y avait-il, selon vous, un manque à combler?

Je ne sais pas s’il y a un manque à combler. Tout ce que je constate, c’est qu’il y a très peu de livres en France sur le sujet. Il y a bien le formidable livre d’Olivier Cotte “100 ans de cinéma d’animation paru en octobre 2015 aux éditions Dunod, et son autre bouquin très pointu sur “Les Oscars du film d’animation” paru en 2006 aux éditions Eyrolles. Il y a aussi Sébastien Roffat et ses multiples livres dont “Animation et propagande : les dessins animés pendant la Seconde Guerre mondiale” paru en 2005 aux éditions L’Harmattan.

Quand je suis allé voir un éditeur, j’ai montré mon matériel et j’ai demandé ce que je pouvais en faire. C’est l’un d’entre eux qui m’a dit de faire quelque chose de plus général, sur la french touch. C’est une belle histoire à raconter. Ça vaut la peine d’ouvrir le livre !

Cinéma d’animation, la french touch. C’est le titre apposé à votre livre. Nous eu l’occasion à plusieurs reprises d’interviewer de grands artistes comme Kristof Serrand qui nous a confié ne pas croire en ces termes. Michel Ocelot signe votre préface en écrivant qu’elle n’existe pas. Alors quel est votre avis sur le sujet? Si vous pensez qu’elle existe, pouvez-vous tenter de nous la définir en quelques mots?

On aurait pu mettre un point d’interrogation au titre, d’ailleurs ! (rires)

C’est exactement la question que je me posais !

Le livre n’est pas une thèse, il est là pour poser des faits. Il essaye de structurer l’histoire et pose la fameuse question de la french touch au dernier chapitre. Précisément, dans le bouquin j’annonce qu’il n’y a pas de “french touch” mais plutôt une “french connection” ! Il raconte pourquoi il y a 40 français chez DreamWorks mais, sincèrement, il n’y pas plus de français que d’indiens, etc. Il n’y a pas lieu d’être aussi cocardier que ça.

Malgré tout, on peut basiquement constater que la production en France de films et séries d’animation est pléthorique. En termes de longs-métrages, il n’y a pas beaucoup de pays dans le monde qui peuvent suivre notre production. Nous sommes quand même le troisième pays au monde à ce niveau !

“La vraie question c’est : est-ce que l’on peut tout catégoriser dans la french touch? Tout ce que l’on peut dire c’est que tous les longs-métrages ne sont pas dans “l’esbroufe” comme on tendance à faire les projets à gros budgets. On peut aussi dire que les films aiment de plus en plus s’adresser à des adultes, aiment explorer le thème du documentaire, aiment essayer des styles graphiques bien différents pas toujours évidents pour le grand public.”

On a quand même un système d’aide unique, que le monde nous envie ! Il ne profite pas qu’à l’animation, mais au cinéma en général sous toutes ses formes. C’est ce système qui fait que la France est l’un des premiers producteurs de films au monde.

J’ai toujours un problème à me dire qu’il y a une tendance parce que par moments c’est très standardisé, avec des séries télévisées par exemple très familiale, très aseptisées. D’autres, au contraire, s’exportent très bien aux États-Unis par exemple. Il y a aussi des films qui sortent du lot avec Sylvain Chomet et son magnifique “Les triplettes de Belleville”.

La french touch, c’est devenu une expression très journalistique. De notre côté, nous trouvions pertinent de l’utiliser pour englober tout ceci tout en posant les bases d’avis différents comme Michel Ocelot qui, dans la préface, dit qu’elle n’existe pas.

Dans votre livre, on parle beaucoup de René Laloux, Paul Grimault, Michel Ocelot, Jean-François Laguionie, etc. à juste titre d’ailleurs. Et si vous deviez jeter un regard lointain, par exemple pour un second tome, sur les futures stars du cinéma d’animation pour un prochain livre, qui citerez-vous?

Je ne suis pas du tout visionnaire ! (rires) Je n’ai aucun souvenir d’avoir repéré quelqu’un qui allait être bon plus tard. J’aime beaucoup des longs-métrages très “prototypes” comme Adama ou Persépolis. J’aime aussi Jérémy Clapin qui a fait quelques courts-métrages d’animation (comme Palmipedarium) mais pas encore de long-métrage. Dans le bouquin, j’ai fait un état des lieux. C’est quelque chose d’assez facile mais repérer des futures “stars” du cinéma d’animation, c’est autre chose.

Merci pour cette interview !

Merci à vous.

l'auteur

Anthony

Créateur et rédacteur en chef du site. Passionné de cinéma d'animation depuis ma tendre enfance, j'ai monté le site afin de partager à un maximum de personnes mes découvertes.

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