[WIP] Tito et les oiseaux.

Like Ne bougez pas Dislike
 
1
Print Friendly, PDF & Email

Il est des projets atypiques, surprenants dans le traitement graphique, un scénario qui change du mainstrean. Tito et les oiseaux fait parti de ces projets qui méritent une attention particulière parce qu’il est porté par deux véritables passionnés avec pas grand chose en poche. Gustavo Steinberg, réalisateur (Bits Filmes) et Daniel Greco, producteur (Nucleo Independente de Producao), tous deux brésiliens, nous présentent ce work in progress animé par l’excellent Dimitri Granovsky.

Tout commence sur le festival d’Annecy 2013 où les deux professionnels du cinéma se rencontrent.  L’un est stupéfait par l’accueil et la générosité du festivaliers qui peuvent passer plusieurs heures à discuter du projet, l’autre est crédité à la caméra sur Rio 2096 : Une histoire d’amour et de furie qui obtiendra cette année-là le Cristal du long-métrage, et critiqué à l’époque par Muriel.

Le film suit la vie de Tito, un garçon de dix ans qui s’est donné pour mission de sauver le monde d’une étrange épidémie : les gens tombent malade quand ils ont peur. Tito et les oiseaux est avant tout un film à l’esthétique particulière. C’est d’ailleurs vers cet aspect que la quasi-totalité du work in progress a été tournée. Et pour cause, Tito ne ressemble, en cherchant dans mes maigres souvenirs, à aucun autre long-métrage. Une caractéristique du projet en est à la fois la cause mais aussi l’argument commercial : le budget. Avec seulement 1,3 million d’euros, la production a dû être ingénieuse et s’empêcher toute erreur en finalisant le scénario au bout de 18 versions.

C’est ainsi que les décors simplifiés du film ont tous été peint à la main, de façon à scénaristiquement situer l’action mais aussi, selon Gustavo, à “laisser le soin au spectateur de se concentrer sur les émotions des personnages”. L’équipe du film, qui ne cache pas que les mouvements de caméras seront limités, s’est largement inspiré du courant expressionniste du 20ème siècle. Y compris dans les personnages qui ont été riggés, animés sur ToonBoom puis repeints à la main par dessus l’animation. Ils ont d’ailleurs eu trois versions différentes dans leur design : au départ très lisses et aux courbes arrondies, la version finale est plus anguleuse pour “coller au plus près avec les décors”.

Ce style expressionniste  se retrouve absolument partout dans le long-métrage : des décors aux personnages comme on a pu le voir ci-dessus, mais aussi avec les accessoires (objets, voitures), la lumière, les effets spéciaux (avec de la fumée notamment) mais aussi avec… les émotions ! Une “aura” bien spécifique entoure les émotions des personnages dans les actions les plus importantes. Une étrangeté dont on pourrait croire à une surdose d’effets de peinture mais qui, au final, passe très bien à l’écran.

Pour la bande-sonore, là aussi, la conception a été différente. Fortement inspiré par le génial Le garçon et le monde, long-métrage d’animation brésilien sorti en 2013 et lauréat du Cristal du long-métrage l’année suivante au festival d’Annecy (également critiqué par Muriel), Gustavo et Daniel décident d’amorcer les premiers rushs très en amont de la conception du film avec le même studio qui en a composé la musique. C’est ainsi que le storyboard a été monté avec les premières bandes-sonores comme la musique afin d’avoir rapidement un résultat dans le timing proche de la version définitive et ainsi éviter au maximum les retakes.

Aujourd’hui, l’équipe a accompli environ un tiers de l’animation et des décors. Il reste encore beaucoup à faire surtout que le timing semble serré : l’animation doit être terminée pour la fin d’année 2017 et la post-production pour mars 2018. Une sortie est prévue pour le premier semestre 2018 au Brésil mais l’équipe souhaite d’abord faire une sortie européenne qui donnerait, potentiellement, une aura plus importante au film afin d’assurer un maximum de vente au… Brésil. Un paradoxe surprenant expliqué par le réalisateur :

On souhaite créer un “buzz” avec ce film. Pas au sens viral, réseaux sociaux et compagnie mais plus au sens “appréciation du public”. Notre objectif, on ne le cache pas, c’est de le terminer pour l’édition 2018 du festival d’Annecy. Nous ne décidons rien, mais nous souhaitons vivement que le film soit projeté l’année prochaine. En attendant, nous avons prévu, un an avant, de lancer une campagne spécialement dédiée sur le thème principal du film : la peur. Nous irons dans les écoles lancer des débats et offrir quelques milliers de places de cinéma.

À la question sur le symbolisme du pigeon et la relation avec les films d’Alfred Hitchcock, notamment son film Les oiseaux de 1963, l’équipe répond que cet animal s’est imposé naturellement dans le scénario, qu’il n’y a pas de réel hommage à l’oeuvre du “maître du suspense”. L’équipe avance trois arguments pour avancer son choix. Au Brésil, le pigeon est un symbole particulier puisqu’il est considéré comme le Saint Esprit. De plus, c’est l’animal le plus proche de l’Homme, le plus “pertinent” pour transmettre les maladies et autres virus puisqu’on le trouve sur les tous les continents. Il y avait bien le rat qui a été, un temps, envisagé mais il a rapidement été abandonné car moins présent dans la vie quotidienne. Enfin, et personne ne pourra les contredire, le pigeon à la réputation dans la conscience collective d’être un oiseau sale, toujours porteur de maladies car mangeant tout et n’importe quoi.

Le producteur du film, Daniel Greco, ne croyait pas qu’un film soit à la fois beau, propose une aventure haletante et ne soit pas cher à réaliser. L’équipe du film, à priori très têtue, s’est proposé de lui prouver le contraire. Après avoir assisté à ce work in progress, je souhaite très fortement que l’équipe gagne son pari et que le public visé, les enfants de 6 à 12 ans et la famille, apprécie le film.

l'auteur

Anthony

Créateur et rédacteur en chef du site. Passionné de cinéma d'animation depuis ma tendre enfance, j'ai monté le site afin de partager à un maximum de personnes mes découvertes.

Laisse une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *