[Critique] Bilal

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Premier long-métrage en animation 3D des Émirats Arabes Unis, Bilal a beaucoup à prouver, et Barajoun Entertainment en est conscient. Inspiré par les cinématiques de jeu vidéo, le studio s’empare de l’histoire du premier muezzin… une version que vous ne lirez dans aucun livre !  

Pays : Émirats Arabes Unis
Année de production : 2016
Durée : 1h47
Il y a mille ans, un garçon rêvant de devenir un grand guerrier est enlevé avec sa sœur et emmené dans des terres très loin de chez eux. jetés dans un monde où l’avarice et l’injustice règnent en maître, Bilal trouve le courage d’élever la voix et de changer les choses. Inspiré de vrais événements, cette histoire est celle d’un vrai héros qui marquera l’histoire.

Adapté assez librement de la vie du premier muezzin, Bilal ibn Rabah, le film de Khurram H. Alavi et Ayman Jamal est à la fois un premier film d’animation pour Dubaï et aussi une revendication forte de leur volonté créative, en maintenant un fort désir de raconter leur histoire avec des standards élevés en terme de visuel.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Bilal m’a nourri de très belles images, un défi d’autant plus complexe à relever après quelques jours de festival et lors d’une séance en début de soirée, qui peut favoriser une somnolence due à la fatigue.

Toutefois, on a affaire ici à un film très solide et direct, qui ménage ses moments dramatiques et son action. Ce qui permet de se laisser porter très facilement car Bilal reste en tout temps très accessible, même pour le profane de culture musulmane.

Mais contrairement à de nombreux contemporains, l’équipe derrière Bilal a décidé de frapper fort en évoquant non pas l’animation en elle-même mais cette brutale efficacité qui habite les scènes cinématiques de jeux vidéo, souvent considérées comme des bêtes de mise en scène mais dépourvues d’émotions en raison de cette même puissance démonstrative.

Et s’il y a un domaine où l’on ne peut prendre en défaut le film, c’est dans cette évocation émotionnelle, car on peut constater un effort manifeste sur les yeux et les regards alors même que la licence artistique est assez réaliste. Autrement dit le choix assumé fut celui de la difficulté, tant il est facile d’aller patauger dans la vallée étrange et, en tant que public, de ne jamais se remettre d’un tel détail s’il est pris à la légère au moment de la production.

La parade est simple mais efficace : les yeux sont sensiblement plus grands que ceux d’un vrai être humain mais sans abus de stylisation, pour une empathie maximum, alors que le regard est attiré par d’autres fourmillements de détails, comme les grains de peau, les étoffes des vêtements, les textures des environnements…

Autant d’attentions qui font la différence et qui donnent lieu à des séquences tantôt spectaculaires, tantôt intimistes  et toutes réussies dans leurs intentions de souligner la quête de liberté et de foi de Bilal, tandis que les autres personnages ne bénéficient hélas pas du même traitement. Même si le fils du méphitique Umayya (vocalisé par Ian McShane, terrifiant),  Safwan est un brin moins unidimensionnel que son paternel.

De même, les amis du héros restent à l’état de grandes figures de la défense de la liberté, et ce malgré les superbes séquences de batailles qui les mettent en valeur. L’une d’elles en particulier implique une confrontation du plus bel effet entre cavaleries adverses, mais à part quelques moments iconiques, ces mêmes personnages ne sont pas plus creusés.

Du coup, le film perd un peu en intensité dans son dernier quart, en parallèle de la montée en puissance de ses actions guerrières. Ce qui explique que les ultimes instants se recentrent sur le point de vue de Bilal, afin de clôturer une histoire assez dense en événements significatifs, et il faut en cela tirer son chapeau à Patricia Heneine, la monteuse du métrage.

Outre ces menus défauts, Bilal reste une très impressionnante entrée en matière pour Barajoun Entertainment, qui a selon moi les moyens de laisser une marque dans le paysage de divertissement d’animation. Il reste à voir comment l’équipe de Dubaï transformera l’essai.

l'auteur

Nicolas

Éditorialiste et contributeur occasionnel. Amateur de toutes formes d'animations. Adore fureter sur l'internet avec sa lampe frontale pour dénicher des raretés animées. Écrit ses autres lubies et obsessions pop-culturelles sur Grawr.fr.

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