[Critique] Gatta cenerentola.

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Cinq ans après L’arte della felicita, Alessandro Rak revient en compagnie de trois autres complices pour accoucher de Gatta Cenerentola, auparavant présenté à Venise, ou dans ce qui semble être un titre français provisoire, La Nouvelle Cendrillon. On quitte donc le récit de vie pour une pure fiction semi-futuriste et néo-noire basée sur le conte de G.B Basile. Quatre réalisateurs pour une seule Cendrillon, est-ce bien raisonnable ?

Alessandro Rak, co-réalisateur
Pays : Italie
Année de production : 2017
Durée : 1H26
Naples en décadence, dans le futur. Cendrillon tente d’échapper aux complots machiavéliques de sa belle-mère et de ses six belles-sœurs, qui vivent à bord du Megaride, un bateau ancré dans le port.

Ce qui ne change pas entre ce film et son prédécesseur, c’est la cité de Naples, toujours ce cadre vivant et transpirant de la vie italienne, pleine de magouilles, de complots et de vices, se complétant très bien avec l’esthétique de film noir dans laquelle est plongée l’intrigue écrite à quatorze (!) mains.

Cette histoire, appuyée par des idées visuelles dignes d’intérêt comme l’usage d’hologrammes, puisque le Megaride, paquebot de pointe, enregistre toute scène ayant lieue derrière ses hublots dans le but de les proposer aux visiteurs. Après le chaos qui suit le meurtre de son concepteur et la prise de pouvoir par Salvatore Lo Giusto, qui a fait tomber sa veuve entre ses mains. Après le drame, le bateau projette les hologrammes de manière erratique, ajoutant un effet de hantise esthétiquement intéressant.

On retrouve l’essence même de L’arte della felicita avec ces dialogues longs et rapides, à l’accent napolitain prononcé, tandis que le nombre de personnages fait déborder le film de séquences absolument nécessaires pour garder ce petit monde à flot. En effet, chaque ligne narrative se mêle à une autre à un point où l’on est plus dans le film choral que dans le point de vue même de Cendrillon.

Et c’est sur cet équilibre assez instable que danse Gatta Cenerentola, entre histoire criminelle très terre à terre et la fable futuriste qui ne sert hélas que de cadre vaguement exotique au récit.

Il est intéressant de toujours noter les préoccupations vaguement écologiques des auteurs au travers de la mort de l’optimisme technologique du père de l’héroïne et de la déchéance du méchant, qui règne sur une décharge qu’il a contribué à élever. Indécent à plus d’un titre, Lo Giusto se repose sur l’éventualité du recyclage pour sauver Naples, un geste digne des mafieux de Gomorra, classique du film italien de mafia, dont l’influence se fait ici sentir.

Véritable château magique flottant, le Megaride reste un raccourci narratif bien pratique pour remplacer les flash-backs et mettre les personnages en face de leur amoralité, ce dont le film ne manque pas entre la belle-mère manipulée jusqu’au bout et ses filles, une véritable galerie sexy et menaçante de portraits hauts en couleurs.

Conscient du médium, le quatuor de réalisateurs fait merveille pour exploiter un découpage audacieux et des cadrages expressifs, au point de perdre le spectateur sous l’effort, car il est difficile de suivre des dialogues ininterrompus en plus d’images dont la lumière rappelle parfois les expérimentations de Jean-Jacques Beineix.

En cela, Gatta Cenerentola nécessiterait plusieurs visions pour en capter l’essence, diluée en plus de tout ce qui a été décrit dans une diffusion festivalière qui fait que ce qui est vu entre d’office en compétition (officielle ou non) avec tout le reste.


Mon avis en bref :

C’était bien. Bavard, mais bien.


À retenir, des points forts similaires à l’essai précédent comme la musique ou le montage, ce qui n’empêche pas cette nouvelle tentative d’avoir les défauts de ses qualités, pourtant bien réelles. La balance étant encore fragile, ceci expliquerait qu’aucun distributeur français ne soit pas encore tenté par l’achat du film qui a pourtant été présenté à Venise.

L’exercice de la fable moderne est d’autant plus périlleux vu le nombre de tentatives de modernisations des mythes, toujours plus galopant depuis une décennie. Gatta Cenerentola bénéficie de l’expérience acquise par Mad Entertainment, mais se révèle aussi casse-gueule et intéressant que le Tales of Tales de Matteo Garrone, réalisateur de… Gomorra et influence majeure sur le cinéma italien contemporain. Une boucle bouclée ?

l'auteur

Nicolas

Éditorialiste et contributeur occasionnel. Amateur de toutes formes d'animations. Adore fureter sur l'internet avec sa lampe frontale pour dénicher des raretés animées. Écrit ses autres lubies et obsessions pop-culturelles sur Grawr.fr.

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