[Critique] Happiness Road.

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Après une première bande-annonce qui avait éveillé mon intérêt, puis la découverte via l’article de l’achat du film par Eurozoom à Berlin qu’Happiness Road pouvait être le dernier long-métrage d’animation 2D taïwanais, j’ai enfin pu le découvrir durant le festival : accrochez-vous pour un voyage dans la rue du bonheur !

Hsin Yin Sung, réalisatrice.
Pays : Taïwan
Année de production : 2017
Durée : 1h51
Après ses études à Taïwan, Tchi a réalisé son rêve américain. Lors du décès de sa grand-mère, elle retourne dans sa famille, route du Bonheur. Tout se bouscule dans sa tête : la nostalgie de l’enfance, l’histoire sino-taïwanaise, l’amertume de l’exil, les deux cultures, ses espoirs de carrière, son petit ami américain, les traditions un peu ringardes. Et si le rêve américain n’en était pas un ?

Le retour de Tchi à Taïwan se construit sur un choc, un deuil : celui de sa grand-mère. Ce malheureux événement va lui permettre de se replonger dans ses souvenirs et ses sensations revenues de l’enfance. L’animation traditionnelle, teintée de couleurs pastels, change d’esthétique au gré des rappels parfois soudain de son imagination de petite fille, se rapprochant avec une fausse simplicité du livre pour enfants.

Le résultat, très sensitif, permet par exemple de donner l’impression de savourer avec l’héroïne sa première glace à la fraise. On peut rapprocher ce type d’évocation à un retour sur un lieu proche et lointain de sa vie quotidienne avec ce que cela implique comme forte charge émotionnelle.

Si l’enfance est un tremplin dans cette histoire personnelle, la maturité et l’importance des choix en sont la colonne vertébrale ayant enrichi le parcours de Tchi. Son regard évolue, que ce soit sur ses parents qu’elle idéalisait, vus désormais avec des yeux d’adulte ou sur ses amis d’enfance, qu’elle redécouvre. Les personnages féminins qui l’entourent sont particulièrement nuancés, aussi bien sa mère courageuse et généreuse que Betty, sa meilleure amie au parcours surprenant.

De celles-ci en passant par son ami d’enfance, la galerie diversifiée de personnages donne l’opportunité de découvrir le parcours de Tchi de manière transgénérationnelle. Il faut d’ailleurs souligner qu’aucun d’entre eux n’est négligé au profit d’une prouesse animée, ce qui constitue un défi en soi. Le film reste contenu et au point dans ses différents enjeux et ce, malgré sa longueur de presque deux heures, inhabituelle pour un film d’animation.

Cette histoire personnelle sur la route du bonheur se mêle à la grande histoire de Taiwan et ses tensions avec la Chine. Cette entrée dans la mémoire taïwanaise se fait par le biais du cousin de Tchi, Wen, qui s’est opposé au régime de Chiang Ching-kuo en détenant un livre de l’historien Su Beng. Wen deviendra par la suite journaliste et aura une grande influence dans les choix politiques et personnels de notre héroïne, dont la vie est inspirée par celle de la réalisatrice du film, Hsin-Yin Sung.

L’histoire mouvementée taïwanaise laisse aussi des marques indélébiles dans la jeunesse de Tchi, qui résonneront dans son choix de partir aux États-Unis pour se construire une  nouvelle vie. Un chemin vers l’âge adulte et une construction de son identité pour Tchi qui n’est pas sans rappeler l’itinéraire personnel vécue par Rosie Ming dans Window Horses d’Ann-Marie Fleming, présenté au festival l’année dernière.


Mon avis en bref :

Mon coup de coeur. Un film riche et sensible à faire partager au plus grand nombre !


Tchi, via ce retour au foyer, évolue car confrontée à une vision différente de la vie qu’elle s’est construite aux États-Unis. Ce dialogue parfois difficile entre deux cultures ouvre Happiness Road, dans sa résonance thématique,  à un public plus international et métissé pour qui le déracinement et le retour au foyer restent une question majeure.

Happiness Road est sans aucun doute la plus belle surprise de ce festival par sa convergence de points de vue et de thématiques fortes. La grande histoire et l’histoire intime se mélangent, portée par Tchi, une héroïne qui transpire d’humanité. Le développement d’un univers visuel fantaisiste et frais lié à l’enfance permet d’ouvrir cette épopée taïwanaise au jeune public. Vous pourrez donc, et je vous y invite, le découvrir en famille au cinéma à compter du 1er août, distribué par Eurozoom.

l'auteur

Muriel

Podcastrice, rédactrice, amatrice de curiosités et bizarreries animées. Vous pouvez aussi m'entendre faire grawr sur Grawr.fr.

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