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Cette année pour ouvrir ce prestigieux festival d’animation, nous avons eu la chance de pouvoir découvrir un des films les plus attendus du moment : la Tortue Rouge. Récompensé du prix spécial “Un Certain Regard” au festival de Cannes, le film de Michaël Dudok de Wit  excite les foules depuis quelques années.

Michael Dudok de Wit, réalisateur.
Pays : France
Année de production : 2016
Durée : 1H25
À travers l’histoire d’un naufragé sur une île déserte tropicale peuplée de tortues, de crabes et d’oiseaux, La Tortue rouge raconte les grandes étapes de la vie d’un être humain.

Une excitation due à la nature même du projet, mais aussi de par sa collaboration avec le célèbre Studio Ghibli, alors qu’ils ont annoncé récemment ne plus produire de long-métrage pour le moment. Une volonté toujours d’actualité d’ailleurs, car les amis de Totoro n’assurent

“seulement” ici qu’un rôle de co-producteur par le biais de Toshio Suzuki et de producteur artistique en la personne d’Isao Takahata. Pas de nouveau film du studio japonais donc, mais une belle opportunité pour Michaël Dudok de Wit de travailler avec la célèbre firme, qui est venu le chercher suite à son travail sur plusieurs courts, dont l’oscarisé Père et fille.

Mais revenons à nos tortues et intéressons-nous au premier long-métrage du réalisateur néerlandais. La Tortue Rouge commence brusquement sur un homme perdu en pleine mer, en prise à la tempête. Une scène d’introduction dure, brutale, qui se clôture par un naufrage sur une île absolument déserte. Une décision créative radicale qui casse le rythme du film après l’impulsion initialement donnée.

L’homme se retrouve ainsi seul, livré à lui-même et en proie à la nature sauvage. L’exploration de son nouvel environnement, accompagné d’incidents divers, laissera rapidement place à un désir de plus en plus fort de s’en aller, au moyen d’un radeau de fortune. Malheureusement, toutes ses tentatives seront mises à mal par une tortue rouge, qui coulera inlassablement ses embarcations.

L’oeuvre de Michaël Dudok de Wit est sans aucun doute un des plus beaux films qu’il m’ait été donné de voir. Au travers de l’histoire de cet homme perdu, le réalisateur, ainsi que Pascale Ferran au scénario, nous offrent une sublime métaphore de la vie d’un homme, de ses différentes étapes, de ses cycles. Poétique et contemplatif, les trois actes du métrage pourraient cependant ne pas convenir à tous les publics, de par leur rythme lent et leur absence de parole.

Mais force est de constater que le tout est exécuté avec brio et que le choix artistique d’une oeuvre sans dialogue paie, notamment grâce à la musique composée par Laurent Perez del Mar qui signait déjà il y a deux ans la musique du césarisé Loulou, l’incroyable secret. Cette bande son s’intègre parfaitement à l’univers de la Tortue Rouge et rythme le métrage de ses notes inspirées de la nature, pour créer une ambiance immersive des plus agréable.

Une ambiance efficace qui se retrouve aussi au sein d’un aspect visuel qu’on croirait tout droit sorti du monde de la bande-dessinée. Avec des décors réalisés au fusain et des personnages au crayon dont le procédé rappelle celui de la ligne claire, chaque scène sonne comme un magnifique tableau renforçant la poésie du métrage. L’animation n’est pas non plus en reste et c’est là aussi un régal, pour un sens du réalisme et une fluidité rarement vus ces dernières années.

Voir des films de l’acabit de cette Tortue Rouge n’est pas monnaie courante, spécialement dans un monde de l’animation où l’on préfère parfois un peu trop souvent le blockbuster aseptisé. Mais Michaël Dudok de Wit nous offre une histoire au fond très puissant, avec des émotions qui vous prennent au ventre mais où la forme reste en accord, avec des dessins à couper le souffle et une musique qui remplace à la perfection toutes les paroles du monde.

Une oeuvre à voir absolument donc, où le spectateur se laissera guider par le flot de la vie de cet homme.

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Cette année pour ouvrir ce prestigieux festival d’animation, nous avons eu la chance de pouvoir découvrir un des films les plus attendus du moment : la Tortue Rouge. Récompensé du prix spécial “Un Certain Regard” au festival de Cannes, le film de Michaël Dudok de Wit  excite les foules depuis quelques années.

Michael Dudok de Wit, réalisateur.
Pays : France
Année de production : 2016
Durée : 1H25
À travers l’histoire d’un naufragé sur une île déserte tropicale peuplée de tortues, de crabes et d’oiseaux, La Tortue rouge raconte les grandes étapes de la vie d’un être humain.

Une excitation due à la nature même du projet, mais aussi de par sa collaboration avec le célèbre Studio Ghibli, alors qu’ils ont annoncé récemment ne plus produire de long-métrage pour le moment. Une volonté toujours d’actualité d’ailleurs, car les amis de Totoro n’assurent

“seulement” ici qu’un rôle de co-producteur par le biais de Toshio Suzuki et de producteur artistique en la personne d’Isao Takahata. Pas de nouveau film du studio japonais donc, mais une belle opportunité pour Michaël Dudok de Wit de travailler avec la célèbre firme, qui est venu le chercher suite à son travail sur plusieurs courts, dont l’oscarisé Père et fille.

Mais revenons à nos tortues et intéressons-nous au premier long-métrage du réalisateur néerlandais. La Tortue Rouge commence brusquement sur un homme perdu en pleine mer, en prise à la tempête. Une scène d’introduction dure, brutale, qui se clôture par un naufrage sur une île absolument déserte. Une décision créative radicale qui casse le rythme du film après l’impulsion initialement donnée.

L’homme se retrouve ainsi seul, livré à lui-même et en proie à la nature sauvage. L’exploration de son nouvel environnement, accompagné d’incidents divers, laissera rapidement place à un désir de plus en plus fort de s’en aller, au moyen d’un radeau de fortune. Malheureusement, toutes ses tentatives seront mises à mal par une tortue rouge, qui coulera inlassablement ses embarcations.

L’oeuvre de Michaël Dudok de Wit est sans aucun doute un des plus beaux films qu’il m’ait été donné de voir. Au travers de l’histoire de cet homme perdu, le réalisateur, ainsi que Pascale Ferran au scénario, nous offrent une sublime métaphore de la vie d’un homme, de ses différentes étapes, de ses cycles. Poétique et contemplatif, les trois actes du métrage pourraient cependant ne pas convenir à tous les publics, de par leur rythme lent et leur absence de parole.

Mais force est de constater que le tout est exécuté avec brio et que le choix artistique d’une oeuvre sans dialogue paie, notamment grâce à la musique composée par Laurent Perez del Mar qui signait déjà il y a deux ans la musique du césarisé Loulou, l’incroyable secret. Cette bande son s’intègre parfaitement à l’univers de la Tortue Rouge et rythme le métrage de ses notes inspirées de la nature, pour créer une ambiance immersive des plus agréable.

Une ambiance efficace qui se retrouve aussi au sein d’un aspect visuel qu’on croirait tout droit sorti du monde de la bande-dessinée. Avec des décors réalisés au fusain et des personnages au crayon dont le procédé rappelle celui de la ligne claire, chaque scène sonne comme un magnifique tableau renforçant la poésie du métrage. L’animation n’est pas non plus en reste et c’est là aussi un régal, pour un sens du réalisme et une fluidité rarement vus ces dernières années.

Voir des films de l’acabit de cette Tortue Rouge n’est pas monnaie courante, spécialement dans un monde de l’animation où l’on préfère parfois un peu trop souvent le blockbuster aseptisé. Mais Michaël Dudok de Wit nous offre une histoire au fond très puissant, avec des émotions qui vous prennent au ventre mais où la forme reste en accord, avec des dessins à couper le souffle et une musique qui remplace à la perfection toutes les paroles du monde.

Une oeuvre à voir absolument donc, où le spectateur se laissera guider par le flot de la vie de cet homme.

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