[Critique] Miss Hokusaï.

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L’année dernière, j’avais eu la chance de découvrir le Work In Progress de Miss Hokusaï et j’avais été emballée par l’idée de découvrir le Japon de XIXème siècle à travers le regard d’O-ei, fille du Maitre Hokusaï. La perspective de la révélation d’une héroïne forte m’a beaucoup plu mais qu’en est-il à sa vision ?

Keichii Hara, réalisateur
Pays : Japon
Année : 2015
Durée : 1h30
Portrait animé de la fille de Maître Hokusai, O-Ei, une femme libre d’esprit, franche et très talentueuse qui change avec les saisons. “Nous sommes père et fille et nous avons deux pinceaux et quatre baguettes. Je pense qu’on peut s’en sortir, d’une façon ou d’une autre.”

Miss Hokusaï se présente sous la forme d’une tranche de vie. On y suit O-ei dans sa vie quotidienne où elle travaille l’art de l’estampe avec son père le Maitre Hokusai. On y découvre aussi ses tourments familiaux au sujet de sa petite sœur malade et de sa place auprès d’elle.

Parlons un peu de la très attendue O-ei ! Elle consacre énormément de temps à son art et a une relation basée sur l’émulation créatrice avec son père ce qui donne lieu à des échanges intéressants. Elle semble toutefois lointaine, comme si elle se laissait porter par l’aura de son paternel, c’est pourquoi cette jeune femme m’a tenu à distance et je n’ai hélas pas ressenti d’empathie pour elle.

Pour ne rien arranger, les moments consacrés à sa petite soeur aveugle et à l’attention qu’elle lui porte sont amenés avec un certain manque de tact. On comprend toutefois la volonté de montrer le désintérêt d’Hokusaï pour sa petite dernière, agrémentée du désir de liberté envié par O-ei, véhiculé par ces scènes. Mais celles-ci arrivent comme un prétexte à l’émotion facile.

L’insistance sur ses moments familiaux encombre selon moi la caractérisation de notre héroïne, la faisant passer pour froide. Surtout qu’on aperçoit une personnalité piquante dès lors qu’elle se décide à expérimenter la vie. Je pense notamment au moment où elle se rend dans une maison close avec la volonté d’imiter les pratiques de son père. Le dialogue avec le gigolo y est à la fois drôle et touchant, parce qu’elle se retrouve dans un échange où elle ne fixe pas les règles. On y dénote aussi son esprit critique par rapport à son milieu lorsqu’elle réagit face à une croûte dans la chambre.

Quant au personnage de Zen, apprenti d’Hokusaï et amoureux transi d’O-ei, il apporte du mouvement à cet univers par son côté comique. Il ne cesse de provoquer le Maître par ses bêtises et sa présence a quelque chose de salutaire et permet de décoincer un peu l’inébranlable duo père-fille. Il est accompagné d’un chien qui est le over the top du mignon, ce qui ne gâche rien.

Pour compléter le tableau, les productions I.G. ont fourni un gros travail de transmission sur l’œuvre du Maître Hokusaï aux quatre coins de la ville d’Edo. On y découvre ses portraits de courtisanes, ses paysages et la très célèbre vague en mouvement. L’animation est très nette et soignée jusque dans les ambiances de saison, mais j’avais tout de même espéré une prise de liberté plus grande avec l’oeuvre du maître, plus dans la lignée esthétique de l’Ile de Giovanni.

Malgré ma présence au Work In Progress, Miss Hokusaï s’avère être pour moi un rendez-vous manqué avec O-ei. Je souhaite malgré tout le revoir à sa sortie en salle afin de me forger un avis plus distancié.

l'auteur

Muriel

Podcastrice, rédactrice, amatrice de curiosités et bizarreries animées. Vous pouvez aussi m'entendre faire grawr sur Grawr.fr.

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