[Critique] Nerdland

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Évoqué par Chris Prynoski depuis plusieurs années, ce premier long-métrage ressemble à une synthèse de toutes les séries majeures  produites par Titmouse, ce qui n’est pas un mince exploit tant certaines d’entre-elles ont marqué le paysage audiovisuel américain, depuis Downtown jusqu’à SuperJail!.

Pays : USA
Année de production : 2016
Durée 1h25
Deux gars de Los Angeles sentent planer la menace de leurs 30 ans et sont alors pris de désespoir. Respectivement scénariste et acteur en herbe, Elliot et John voient se dissiper leurs rêves de gloire. Ils décident alors que, dans ce monde obsédé par la célébrité et le nombrilisme numérique, ils doivent devenir connus – ou tristement célèbres – MAINTENANT, quel qu’en soit le prix !

Elliot (Patton Oswalt) et Jim (Paul Rudd) partagent avec bon nombre d’autres héros de Titmouse cette capacité à transfigurer leur rôle de loser magnifique, brillant par leur idiotie et le poids des pires conventions sociales en cours à Los Angeles. Entouré par une galerie de personnages encore plus débiles et violents qu’eux-mêmes, notre duo nous précipite dans une anthologie de la pitié, leurs tentatives étant plus catastrophiques les unes que les autres.

Visuellement, cette chronique de la honte se révèle très inventive, depuis la plongée dans les délires subjectifs de chaque protagoniste, les transitions entre les séquences se focalisant sur une silhouette ou encore l’excellent montage d’une vidéo ultraviolente, dont les fulgurances gores ont été animées par tant de gros noms, depuis Bill Plympton à JJ Villard.

Tout comme pour le fond, la forme revient à des fondamentaux auxquels Titmouse nous a habitué depuis sa création,  depuis le character design signé Joseph Bennet évocateur des années 2000 au casting vocal, qui rassemble tant de voix et évoque tant d’autres personnages mémorables, jusqu’au formidable « King » (Hannibal Buress, magistral), sorte de version encore plus hardcore et déliquescente du vendeur de bande-dessinée des Simspons.

On pourra reprocher au scénario d’Andrew Kevin Walker d’être assez squelettique et basé sur la répétition autour de la thématique de la célébrité mais c’est oublier la force de proposition des séquences qui se succèdent, la suivante chassant la précédente avec une frénésie digne d’une compilation d’épisodes sur Adult Swim.

Ce qui ne m’a pas dérangé le moins du monde puisqu’à la différence de nombreuses personnes ne connaissant pas les travaux du studio, je savais à quoi m’attendre. Mais cette réflexion amène une autre problématique liée à Nerdland : est-il le meilleur point d’entrée dans l’univers Titmouse ?

Probablement pas, mais il reste indubitablement leur œuvre la plus représentative et la plus susceptible de toucher un public adulte. L’humour noir, cradingue et débile est ici présent à tous les coins de rue, à l’image de ce clochard vétéran du Viêt-Nam qui éclate par surprise les parties de nos héros sans coup férir.

Car Nerdland c’est aussi cette posture spécifique : le film ne s’excuse pas d’être ce qu’il est, aussi vulgaire soit-il, ce qui le rendra caduque pour une partie de la critique, trop snob ou trop peu habituée à fréquenter ce type de métrage. Cette impolitesse est pourtant de première importance, car comme l’a dit Antonio Canobbio lors de la présentation du film à une salle blindée : « Voilà notre film, si vous l’aimez tant mieux, sinon tant pis pour vous ! »

Sous ses dehors bas de plafond, Nerdland s’affiche comme un film critique et satirique pas si bête, à la manière d’une personne se faisant passer pour plus andouille qu’elle ne l’est, dont le montage assassin et la maîtrise du sujet est en fin de compte très présente et significative.

l'auteur

Nicolas

Éditorialiste et contributeur occasionnel. Amateur de toutes formes d'animations. Adore fureter sur l'internet avec sa lampe frontale pour dénicher des raretés animées. Écrit ses autres lubies et obsessions pop-culturelles sur Grawr.fr.

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