[Critique] Un homme est mort.

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Un homme est mort, c’est un film d’animation réalisé par Olivier Cossu, adapté de la bande dessinée de Kris et Etienne Davodeau sortie en octobre 2006 chez Futuropolis, d’une durée de 66 minutes pensé pour être un spécial TV diffusé sur Arte. Mais c’est d’abord et avant tout un documentaire. L’histoire vraie d’un syndicaliste, Édouard Mazé, tué d’une balle en pleine tête le 17 avril 1950 à Brest, parce qu’il voulait faire respecter ses droits d’ouvrier. Après le work in progress en 2017, voici qu’Un homme est mort est présenté cette année en long-métrage hors compétition.

Olivier Cossu, réalisateur

Pays : France
Année de production : 2017
Date de sortie France : en ligne sur Arte jusqu’au 13 juillet
En 1950, à Brest, alors en pleine reconstruction après la Seconde Guerre mondiale, les ouvriers du bâtiment se mettent en grève afin d’obtenir une hausse des salaires. Ils réclament “pain, paix et liberté”. Le 17 avril, trois amis ouvriers, P’tit Zef, Édouard et Désiré, participent à une manifestation organisée par la CGT quand de violents affrontements surviennent. Les policiers tirent sur la foule et Édouard s’écroule. Son meilleur ami P’tit Zef est rongé par la colère. Les syndicalistes, eux, veulent continuer le combat. Ils font appel à René Vautier, cinéaste engagé, pour filmer la solidarité ouvrière qui s’organise…

C’est avec beaucoup de naïveté que j’ai découvert Un homme est mort car je ne connaissais pas du tout ce passage de notre Histoire. Après une première lecture, j’ai entamé plusieurs recherches : qui était Édouard Mazé, élément central de cette histoire ? Pour quels avantages sociaux ces gens se battaient-ils ? À quel degré de réalisme est-on confronté avec ce film ? J’ai appris beaucoup de choses à force de chercher des réponses à mes questions. Et je dois confesser qu’une deuxième lecture du film me fut nécessaire pour tout comprendre.

Le film débute par un premier fait dont on n’arrive pas à le qualifier : tôt dans la nuit, ordre est donné à la Mairie de Brest de réaliser un faux arrêté municipal antidaté pour interdire la manifestation du 17 avril, date à laquelle tout va se jouer. Ce jour-là, les manifestants sont sévèrement réprimés : des dizaines de blessés et un mort, Édouard Mazé. Le reste du film raconte comment la lutte a repris grâce au cinéma.

C’est avec ce bref résumé que l’on voit qu’Un homme est mort n’est pas un film comme les autres : pas de super vilain symbolisé physiquement (on parle juste du patronat), une évolution des personnages très timide et un final pas du tout sous la forme d’un “happy end” (mais plutôt comme un clin d’oeil à l’actualité de nos jours). Mais ce ne sont pas des défauts, bien au contraire ! Nous avons ici une tranche de vie, une histoire inspirée de faits réels qui se déroule sur une plage, de quelques jours à peine, du 17 au 24 avril 1950. Alors le film réussit son pari : on le regarde étrangement comme un documentaire, mais sous l’habillage d’un film d’animation. Une sorte d’hybride atypique !

Du coup on comprend aisément les choix qui ont été faits dans la réalisation comme dans la direction artistique. Destiné à un public d’ado/adultes, il n’est certainement pas à mettre entre toutes les mains, en témoigne les scènes d’affrontement entre manifestants et policiers où les coups pleuvent et le sang est bien présent. De même que le ton employé dans les dialogues, notamment par le biais du personnage p’tit zef, ami du défunt, qui peuvent parfois être très durs. Ces instants sont contrebalancés par des passages emplis d’émotions avec les multiples hommages à Édouard. Celui qui m’a le plus touché est le moment où le poème “Gabriel Péri” de Paul Éluard est cité dans son intégralité.


Mon avis en bref :

Étrange hybride entre documentaire et film d’animation, il fait son job.


Malgré son budget très limité (le chiffre de 1,6 millions d’euros a été annoncé l’année dernière), le film fait très bien le job pour lequel il a été conçu : raconter efficacement une histoire très dure de la lutte ouvrière. Un homme est mort est à voir pour sa culture générale mais à plus d’un titre : pour son histoire inspirée de films réels et pour son format atypique, entre documentaire et film d’animation. De notre côté, on espère qu’il trouvera son public si une sortie cinéma est toujours envisagée. En attendant, il est toujours disponible en intégralité et gratuitement jusqu’au 13 juillet ci-dessous où sur le site d’Arte, foncez !

l'auteur

Anthony

Créateur et rédacteur en chef du site. Passionné de cinéma d'animation depuis ma tendre enfance, j'ai monté le site afin de partager à un maximum de personnes mes découvertes.

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