Le pays à l’honneur : la France. 1/2

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Cela ne date pas d’hier, le cinéma d’animation français est reconnu partout dans le monde. Premier européen, troisième à l’international (derrière les États-Unis et le Japon), une “french touch” inimitable, l’animation française a su s’imposer comme un incontournable du paysage cinématographique. Mieux, de talentueux visionnaires et réalisateurs de génies ont activement participé à son histoire. Retrouvez dans ce dossier en première partie un fragment de l’histoire du cinéma d’animation français et, en deuxième partie, une table ronde du CNC pour faire la lumière sur les facteurs à l’origine de la réussite de l’animation française.

Plus de 120 ans, déjà !

Nous en avons parlé dans un de nos articles concernant la fête du cinéma d’animation, le 28 octobre 2015 plus précisément. Cette date n’est pas complètement anodine puisqu’elle fait référence, ou rend hommage selon le point de vue, au français Émile Reynaud (1844 – 1918) qui était non seulement l’inventeur du théâtre optique mais est aussi le premier homme à avoir projeté le premier film d’animation à Paris il y a plus de 120 ans, le 28 octobre… 1892.

Cette projection a eu lieu au Musée Grévin, qui n’est plus à présenter, devant des spectateurs fascinés par ce qu’ils étaient en train de voir. Les séances, quotidiennes et régulières, attirent énormément de monde (dont Antoine, père des frères Louis et Auguste Lumière, alors convaincu de l’avenir de cet outil émergent) jusqu’en 1890 puisqu’elles cumulent plus d’un demi-million de spectateurs. Un chiffre colossal d’autant plus que le musée Grévin n’avait qu’une salle aux dimensions modestes et qu’il avait passé un contrat d’exclusivité avec Émile Reynaud pour ne pas diffuser son spectacle ailleurs. Sous ce nom un peu barbare, les pantomimes lumineuses, se cache en réalité un travail de recherche et de technicité sans égale pour l’époque, un travail tellement abouti qu’il préfigure, trois années avant, l’invention du cinéma et du spectacle cinématographique. Rien que ça ! Toutefois, les sources divergent à ce sujet mais ce qui est sûr c’est que quelque chose de nouveau est apparu, quelque chose de fantastique qui va faire date : le cinéma d’animation.

Les frères Lumière se sont inspirés du théâtre optique d’Émile Reynaud pour créer et développer le cinématographe, véritable projecteur de cinéma et appareil concurrent au Kinétoscope de Thomas Edison. La véritable différence entre les deux appareils c’est que celui d’Edison ne projetait une image que pour une seule personne, via un trou d’un pouce de diamètre environ dans le haut de l’appareil. Celui d’Auguste et de Louis Lumière permettait de projeter un film pour une salle entière.

À savoir : Le terme « Pantomimes lumineuses » était à l’origine le spectacle complet que proposait Émile Reynaud, accompagné au piano d’une musique originale de Gaston Paulin, mais cela s’est vite étendu aux différentes saynètes de son spectacle.

De grands noms pour un héritage colossal

Émile Reynaud et les frères Lumière ont ouvert la voie à d’innombrables évolutions du secteur mais aussi à de talentueux créatifs. En France, c’est le cas d’Émile Cohl et de son court-métrage Fantasmogorie projeté le 17 août 1908 au théâtre du Gymnase à Paris, transformé en cinéma à l’occasion de sa clôture annuelle. C’est le début de la longue et créative carrière d’Émile Cohl dans le cinéma d’animation. Il très souvent considéré comme le premier dessin animé du cinéma mais James Stuart Blackton lui pique la vedette seulement deux années avant (en 1906 donc) avec son court-métrage Humorous Phases of Funny Faces. Cela n’arrête pas l’artiste qui dessine près de 300 courts-métrages entre 1908 et 1923, pour la plupart des films précurseurs en matière de cinéma d’animation !

La créativité, aussi bien technique qu’artistique, de ce que nous connaissons aujourd’hui de son œuvre (seuls 65 films d’Émile Cohl ont été retrouvés à ce jour) en font l’une des personnalités les plus inventives et les plus importantes des premiers temps du Septième art.

Il faut attendre 1945 pour voir apparaître des artistes tels que Paul Grimault, “le père de l’animation française”. Il crée la firme Les Gémeaux qui donna naissance à une somme incroyable de joyaux de l’animation, agrémentés de scénarios inventifs signés par son ami et scénariste Jacques Prévert.

Trois films, par leurs inventions et leur beauté vont marquer la carrière de Grimault, et l’histoire de l’animation, qui ont pour titres : Le Marchand de Notes (1943), La Flûte Magique (1946) et Le Petit Soldat (1947). Par la suite, il entreprit son premier long-métrage, une œuvre de longue haleine, et particulièrement pour l’époque, La Bergère et le Ramoneur (1953), qui sera dans un premier temps montrée dans une version tronquée, un différend opposant Grimault à son producteur. Cette version ne lui correspond pas, et loin de s’en satisfaire, il préfère ne pas en revendiquer la paternité. Il faudra donc attendre 1980, pour que le film puisse sortir dans sa version définitive, rebaptisé pour l’occasion : Le Roi et l’Oiseau, qui recevra le Prix Louis Delluc.

Le réalisateur Jacques Colombat témoigne à propos de la personnalité de Paul :

Paul n’était pas du tout directif, c’était même l’inverse ! Jamais il est intervenu en disant « Ça serait mieux comme ça ». Jamais ! Il est venu présenter des courts-métrages comme Le voleur de paratonnerres à l’école des Arts Appliqués. J’étais vraiment épaté, je ne savais pas que l’on pouvait faire des choses comme ça en dessin animé ! A la fin, je suis allé lui parler pour lui demander si je pouvais venir au studio le voir. Il m’a donné son adresse et j’y suis allé avec ce que je croyais être mes meilleurs dessins. Je lui ai alors demandé : « Est-ce que je peux travailler avec vous ? ». Il m’a répondu en éclatant de rire : « Tu tombes bien, j’ai absolument aucun travail ! ». J’ai répondu en demandant : « Bon alors je commence quand ? ». « Tu commences demain si tu veux. Le matin tu enlèves le volet en bois de la porte du studio et le soir tu le remets. Et puis tu réponds au téléphone aussi mais s’il y a deux coups de fils par semaine c’est que c’est la grosse bourre ! » lui rétorque Paul. Mais il y a avait tout ce qu’il fallait pour faire un dessin animé : un banc titre et tout le reste. En un an j’ai fait mon premier film.

C’est ainsi qu’est né Marcel, ta mère t’appelle (1961), un court-métrage de Jacques Colombat. Des anecdotes amusantes de ce genre sont disponibles dans le double DVD Le cinéma d’animation en France réalisé par Alexandre Hilaire et sorti dans les bacs le 14 juin dernier. Foncez l’acheter !

Jean-François Laguionie (Le tableau, 2011, Louise en hiver, 2016), Jacques Colombat (Robinson et Compagnie, 1991), Jean-Jacques Prunès, René Laloux (Le dentiste, 1960, La planète sauvage, 1973), Michel Ocelot (Kirikou et la sorcière, 1998)… et bien d’autres sont autant de réalisateurs talentueux qui sont l’héritage de Paul Grimault qui ont donné et donnent encore de magnifiques films d’animation au cinéma français.

Malgré tout, la production de longs-métrages d’animation reste très difficile. Il faudra attendre les années 1980 pour que des choses se mettent en place pour faire décoller la production. C’est ce que nous allons voir dans notre deuxième partie de ce dossier.

l'auteur

Anthony

Créateur et rédacteur en chef du site. Passionné de cinéma d'animation depuis ma tendre enfance, j'ai monté le site afin de partager à un maximum de personnes mes découvertes.

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