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Frédérique Bredin, présidente du CNC (Centre National du Cinéma et de l’image animée) est accompagnée par Denis Walgenwitz, réalisateur, scénariste, animateur et président depuis 2005 de l’Association française du cinéma d’animation, pour cette table ronde pour faire la lumière sur les facteurs à l’origine de la réussite de l’animation française.

De grandes personnalités interviendront :
– Dominique Puthod (président de CITIA) décryptera les bouleversements profonds qu’a connus le Festival d’Annecy, avec un focus particulier sur la rupture de 1982 (changement d’équipe, ouverture à tous les genres, création du MIFA) ;
– Jack Lang, ancien ministre de la Culture et de la Communication, se penchera sur la mise en place de la politique publique volontariste des années 80 (soutiens aux studios et aux formations, modifications majeures du PAF…) qui a permis l’émergence d’une filière de l’animation ;
– Marc du Pontavice, président de Xilam Animation, explorera de quelle façon les séries françaises ont pris autant d’importance dans le PAF et de quelle manière l’animation est rapidement devenue le genre le plus exporté de l’audiovisuel.
Jacques Bled, président d’Illumination Mac Guff, et Kristof Serrand, directeur de l’animation chez DreamWorks Animation, ont clôturé cette table ronde mais nous l’évoquerons pas en détails ici.

Les intervenants, de gauche à droite : Marc du Pontavice (président de Xilam), Frédérique Bredin (présidente du CNC), Jack Lang (ancien ministre de la culture), Jacques Bled (président d’illumination Mac Guff), Dominique Puthod (président de CITIA) et Kristof Serrand (directeur de l’animation chez DreamWorks animation). Photo : G. Piel/CITIA

Frédérique Bredin, à travers son discours d’introduction à cette rencontre, fait un état des lieux du cinéma d’animation français dans le pays mais aussi à l’international. En voici une partie :

L’animation française a aujourd’hui une place particulière dans le monde. On parle souvent de miracle de l’animation française mais, pour nous, cela n’en est pas un mais plutôt une success story à la française. Aujourd’hui la France est à l’honneur à Annecy mais c’est aussi un secteur extrêmement créatif en termes d’emplois (plus de 5 300 personnes en hausse de 25% sur les dix dernières années) mais aussi d’œuvres.

Elle a connu un tournant majeur dans les années 80, en 1983 plus précisément, avec le plan « Image » créé et lancé par Jack Lang. Ce plan est apparu, pour certains à l’époque, comme un peu saugrenue mais qui s’est finalement avéré avec le temps comme étant un acte fondateur pour l’animation française. Il y a trente ans, l’animation française n’existait pas, ou trop peu. Aujourd’hui, elle est le troisième rang mondial derrière les États-Unis et le Japon. Tout cela a été possible grâce aux efforts conjugués des professionnels et des pouvoirs publics qui ont accompagnés cette filière depuis trente ans, à partir de l’élan qu’avait initié Jack Lang avec son plan « Image ».

C’est en termes de reconnaissance, de qualité et de compétitivité économique les chiffres de l’audiovisuel et du cinéma. Avant le lancement du plan « Image », les séries télévisées animées diffusées en France est à 95% américaines ou japonaises. Aujourd’hui, et c’est un fait unique en Europe, l’offre d’animation à la télévision est majoritairement française avec 45% d’œuvres françaises. Côté exportation, l’animation est le premier genre des programmes audiovisuels vendus à l’étranger, devant la fiction et le documentaire. Côté cinéma, ils connaissent des succès très importants : il y a plus d’entrées à l’international pour nos films que sur le territoire national avec d’importantes retombées pour de grands films comme « Le petit prince » ou encore « Astérix et Obélix, Le domaine des Dieux ». En 2015, ce sont plus de vingt millions de places vendus pour les longs-métrages d’animation français, soit cinq fois plus qu’en 2014. Un record !

Pour expliquer ces bons chiffres, il faudrait parler de l’excellence de la formation française avec ces écoles renommées (quatre de nos écoles sont dans le top 10 des meilleures formations mondiales dans le milieu), mais aussi tous les talents des créateurs.

Je veux également dire un mot sur les mesures qui ont été prises cette année pour soutenir le milieu, dans la même lignée que les mesures prises par Jack Lang à l’époque. D’une part, le CNC a renforcé et réformé le compte de soutien à l’animation pour mieux accompagner les professionnels dans leur prise de risque. D’autre part, il y a eu cette décision du parlement d’augmenter très fortement le crédit d’impôt. Cela peut paraître technique mais c’est en réalité très important pour renforcer l’attractivité et la crédibilité de la France dans un environnement international qui est très concurrentiel. On le voit encore aujourd’hui, la plupart des talents formés en France sont recrutés pour renforcer des équipes à l’étranger. Nous avons besoin que la France dispose des talents nécessaires pour développer les projets sur son propre territoire. Les crédits d’impôts, qui ont été votés à la fois pour l’audiovisuel (25% de crédit pour les séries d’animation) et le cinéma (30% de crédit), sont importants pour développer une production française. Enfin, troisième mesure, le développement du crédit d’impôt à l’international : pour les productions étrangères qui souhaitent réaliser leurs projets en France peuvent venir en France et ainsi bénéficier de conditions très avantageuses.

Annecy : un événement qui a su se renouveler

En 1981, l’arrivée d’un nouveau gouvernement qui souhaite mettre en place une politique de décentralisation rend l’environnement favorable pour une prise en charge de la manifestation par les Annéciens. Le CNC est à prêt à accompagner ce mouvement et l’Asifa, sous l’impulsion des réalisateurs internationaux, désire également une évolution de la formule du Festival et de ses modalités de sélection. Des discussions démarrent entre le CNC, le sénateur Charles Bosson (président fondateur du Festival) et Pierre Jacquier, président des Journées Internationales du Cinéma d’Animation. Au final, la non-reconduction du contrat du directeur, le transfert du secrétariat permanent de Paris à Annecy et la mise en place d’un comité de sélection international sont décidés.

Jean-Luc Xiberras est engagé en juillet 1982 pour mettre en place ces nouvelles orientations et renouer avec la profession de l’animation qui s’est divisée après l’éviction du directeur. Le ciné-club d’Annecy garde également ses distances et soutient Raymond Maillet, qui souhaite créer un autre festival. C’est dans ce climat polémique qu’est organisée l’édition de 1983 qui se tiendra dans le nouveau centre culturel de Bonlieu. L’existence de plusieurs salles permet alors des projections simultanées, dans différents formats de films et sur différents supports, ce qui était impensable dans l’ancien théâtre-casino. Les prémices d’un marché du film sont également mises en œuvre et des conférences thématiques sont organisées. Cette édition, en s’ouvrant à toutes les fonctions du cinéma d’animation, à toutes les cultures et techniques, se révèle être un véritable succès.

En 1984, Marie-Noëlle Provent succède à Pierre Jacquier à la tête des JICA. L’association organisatrice devient le Centre International du Cinéma d’Animation (CICA) et adopte de nouveaux statuts. Ceux-ci visent à élargir les activités liées au cinéma d’animation et à promouvoir un enracinement local de la manifestation. Désormais, toutes les décisions sont prises en tenant compte des évolutions du domaine de l’animation et du secteur de l’audiovisuel. Après l’ouverture en 1983 de la compétition aux films de commande, une section compétitive est également créée pour les films de télévision en 1985.

Le ministre de la Culture nommé en 1981, Jack Lang, donne une véritable chance au développement de la manifestation avec la promotion des “nouvelles images” et la mise en place du “Plan Image”. En 1985, la première édition du Marché International du Film d’Animation (MIFA) est ainsi co-organisée par le CICA et l’agence Octet (Agence pour la Culture par les Nouvelles technologies de Communication, association loi 1901 pour faire accélérer le développement et ainsi éviter les lourdeurs administratives liées à l’État, à sa tête Daniel Populus). Pour Jack Lang, ce marché “répond à la nécessité d’envisager aujourd’hui l’évolution de ce secteur dans son ensemble et dans ses aspects économiques”. Pour le CICA, ce marché doit permettre aux films présentés en sélection officielle de trouver plus facilement un distributeur. Les politiques publiques mises en œuvre dans les années 80 ont ainsi créé un environnement favorable pour l’animation française et favorisé l’émergence d’un secteur économique national.

Les années 80 et le plan image

C’est avec Daniel Populus que Jack Lang a pu créer l’agence Octet (sous forme d’association loi 1901) pour le plan Image. Jack qualifie les gestionnaires de cette agence comme un « commando » en charge du développement du cinéma d’animation tout en évitant les lourdeurs de l’administration, de l’État. « C’est vrai que si nous étions passé par l’administration traditionnelle, nous y serions encore… » dit-il amusé. Il rajoute : « Il fallait vraiment pousser, aller vite, trouver des formes d’actions qui ont été critiqués, on s’est fait tirer les oreilles à plusieurs reprises. Que l’État lance une association pour gérer des budgets, qui n’étaient pas minces, était quelque chose de pas commun ». Il fallait une détermination absolue pour faire revenir les créatifs, les studios, les producteurs en France et relancer la machine. Jack raconte : « Hier je me suis fait envoyer une copie de ce plan Image. Un gros paquet ! On était des bosseurs ! Tout était passé au peigne fin : la formation, la production, la diffusion, l’avenir… ». L’ancien ministre de la culture a conclu sa présentation par un message adressé à ses successeurs. Il souhaite voir cette volonté de soutenir le cinéma d’animation continuer, avec la même force qu’ils l’ont fait à l’époque.

La reconquête du marché intérieur de l’audiovisuel

Marc du Pontavice, président du studio d’animation Xilam, est intervenu pour parler de la reconquête du marché intérieur : l’offre, l’emploi et la construction d’un patrimoine français. Il a distingué quatre périodes entre 1993 et 2013.

• De 1983 à 1993

Avec le plan Image et les premiers studios (voir partie précédente).

• De 1993 à 1998 avec la structuration de l’industrie, poser toutes les pierres de ce secteur

Le premier défi est celui de la qualité et du financement parce qu’au niveau international les exigences sont de plus en plus importantes. De nouvelles chaînes télévisées thématiques voient le jour outre-Atlantique comme Nickelodeon en 1991 ou encore Canal J en France. Elles inventent un tout autre style de dessin animé, plus moderne, plus qualitatif qui ringardisent le côté mielleux des productions Disney. La France va prendre le train en marche avec la mise en place des premiers quotas d’animation qui ont joué un rôle très important et déterminant dans cette industrie domestique. Toutes les grandes chaînes contribuent chaque année un volume d’engagement dans l’animation qui permet à l’industrie d’avoir une visibilité dans un métier qui prend des années et pour lequel on a besoin d’une forme de récurrence dans les commandes pour pouvoir construire des studios. Il faut des financements mais aussi des talents. Nombreux sont les étudiants qui sortent des écoles, qui voyagent et qui se forment.

On entend souvent dans l’industrie des gens qui se plaignent des étudiants qui partent à l’étrange une fois la formation française terminée. De mon côté je n’ai jamais considéré que c’était une mauvaise chose, bien au contraire ! Je pense que les artistes ont besoin de beaucoup voyager, de se familiariser avec d’autres cultures. C’est ce qu’ils ont fait pendant toutes ces années, en apprenant beaucoup plus là-bas qu’il ne pouvait le faire en France. On était bien heureux de disposer de leurs expériences quand ils sont revenus. Dans ces années, quatre grands studios apparaissent : Marathon, Moonscoop, Xilam et Method animation. Ce sont les quatre studios les plus importants. Ils apprennent et réussissent à monter des plans de financements internationaux. Le vrai problème du métier à l’époque c’est que pour élever le niveau de qualité il faut augmenter les coûts de production.

Même si les grands groupes investissent plus dans l’industrie, cela ne suffit pas. Il faut alors aller chercher des financements ailleurs, et en début de production, comme en Italie, en Allemagne et même en Grande Bretagne. De plus en plus de co-productions se montent avec des diffuseurs étrangers. Les producteurs apprennent ainsi à créer des séries dont les codes sont universels, pour que le succès soit au rendez-vous partout dans le monde. Les enfants, avant l’âge de 10 ans, n’ont pas développé de barrières culturelles, il faut en profiter. L’animation s’ouvre aux autres pays avec des exemples comme Totally Spies, Les zinzins de l’espace, Oggy et les cafards, Code Lyoko…

• De 1999 à 2004 avec les années de consolidation

L’argent coule à flots et la France profite de cette effervescence, avec en plus Internet qui se démocratise pour le grand public. Le retour des dessins animés japonais représente également une manne financière pour d’autres pays avec des séries télévisées comme Pokémon. C’est à cette période que l’offre domestique est supérieure aux offres étrangères. La France, avec les États-Unis et le Japon, est l’un des rares pays qui peut s’en vanter. Certaines années, le cumul de production peut même monter jusqu’à plus de 300 heures ! Côté emploi, on tutoie bientôt les 3 000 personnes employées dans le secteur. Mais le Canada, fort de sa position imposante et du traité de co-production franco-canadien, avale une grande partie du patrimoine français. La France n’a pas réussi à se construire un catalogue digne de ce nom. Le SPFA (Syndicat des Producteurs de Films d’Animation), le CNC et quelques professionnels réfléchissent aux conditions pour changer la donne.

• De 2005 à 2015, la fin de la reconquête

Plusieurs facteurs permettent de consolider les œuvres françaises : l’apparition outils de l’animation numérique 2D et de la 3D, l’apparition de la chaîne Gulli en 2005, Canal + qui développent une politique d’investissement dans le secteur, et l’émergence de nouveaux marchés comme l’Asie. Marc du Pontavice conclut sa présentation en émettant l’idée de prendre le train des plateformes numériques qui peuvent offrir, selon lui, une formidable croissance en volume au secteur. Il a aussi rendu hommage à « l’intelligence collective » pour l’évolution positive du secteur.

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Frédérique Bredin, présidente du CNC (Centre National du Cinéma et de l’image animée) est accompagnée par Denis Walgenwitz, réalisateur, scénariste, animateur et président depuis 2005 de l’Association française du cinéma d’animation, pour cette table ronde pour faire la lumière sur les facteurs à l’origine de la réussite de l’animation française.

De grandes personnalités interviendront :
– Dominique Puthod (président de CITIA) décryptera les bouleversements profonds qu’a connus le Festival d’Annecy, avec un focus particulier sur la rupture de 1982 (changement d’équipe, ouverture à tous les genres, création du MIFA) ;
– Jack Lang, ancien ministre de la Culture et de la Communication, se penchera sur la mise en place de la politique publique volontariste des années 80 (soutiens aux studios et aux formations, modifications majeures du PAF…) qui a permis l’émergence d’une filière de l’animation ;
– Marc du Pontavice, président de Xilam Animation, explorera de quelle façon les séries françaises ont pris autant d’importance dans le PAF et de quelle manière l’animation est rapidement devenue le genre le plus exporté de l’audiovisuel.
Jacques Bled, président d’Illumination Mac Guff, et Kristof Serrand, directeur de l’animation chez DreamWorks Animation, ont clôturé cette table ronde mais nous l’évoquerons pas en détails ici.

Les intervenants, de gauche à droite : Marc du Pontavice (président de Xilam), Frédérique Bredin (présidente du CNC), Jack Lang (ancien ministre de la culture), Jacques Bled (président d’illumination Mac Guff), Dominique Puthod (président de CITIA) et Kristof Serrand (directeur de l’animation chez DreamWorks animation). Photo : G. Piel/CITIA

Frédérique Bredin, à travers son discours d’introduction à cette rencontre, fait un état des lieux du cinéma d’animation français dans le pays mais aussi à l’international. En voici une partie :

L’animation française a aujourd’hui une place particulière dans le monde. On parle souvent de miracle de l’animation française mais, pour nous, cela n’en est pas un mais plutôt une success story à la française. Aujourd’hui la France est à l’honneur à Annecy mais c’est aussi un secteur extrêmement créatif en termes d’emplois (plus de 5 300 personnes en hausse de 25% sur les dix dernières années) mais aussi d’œuvres.

Elle a connu un tournant majeur dans les années 80, en 1983 plus précisément, avec le plan « Image » créé et lancé par Jack Lang. Ce plan est apparu, pour certains à l’époque, comme un peu saugrenue mais qui s’est finalement avéré avec le temps comme étant un acte fondateur pour l’animation française. Il y a trente ans, l’animation française n’existait pas, ou trop peu. Aujourd’hui, elle est le troisième rang mondial derrière les États-Unis et le Japon. Tout cela a été possible grâce aux efforts conjugués des professionnels et des pouvoirs publics qui ont accompagnés cette filière depuis trente ans, à partir de l’élan qu’avait initié Jack Lang avec son plan « Image ».

C’est en termes de reconnaissance, de qualité et de compétitivité économique les chiffres de l’audiovisuel et du cinéma. Avant le lancement du plan « Image », les séries télévisées animées diffusées en France est à 95% américaines ou japonaises. Aujourd’hui, et c’est un fait unique en Europe, l’offre d’animation à la télévision est majoritairement française avec 45% d’œuvres françaises. Côté exportation, l’animation est le premier genre des programmes audiovisuels vendus à l’étranger, devant la fiction et le documentaire. Côté cinéma, ils connaissent des succès très importants : il y a plus d’entrées à l’international pour nos films que sur le territoire national avec d’importantes retombées pour de grands films comme « Le petit prince » ou encore « Astérix et Obélix, Le domaine des Dieux ». En 2015, ce sont plus de vingt millions de places vendus pour les longs-métrages d’animation français, soit cinq fois plus qu’en 2014. Un record !

Pour expliquer ces bons chiffres, il faudrait parler de l’excellence de la formation française avec ces écoles renommées (quatre de nos écoles sont dans le top 10 des meilleures formations mondiales dans le milieu), mais aussi tous les talents des créateurs.

Je veux également dire un mot sur les mesures qui ont été prises cette année pour soutenir le milieu, dans la même lignée que les mesures prises par Jack Lang à l’époque. D’une part, le CNC a renforcé et réformé le compte de soutien à l’animation pour mieux accompagner les professionnels dans leur prise de risque. D’autre part, il y a eu cette décision du parlement d’augmenter très fortement le crédit d’impôt. Cela peut paraître technique mais c’est en réalité très important pour renforcer l’attractivité et la crédibilité de la France dans un environnement international qui est très concurrentiel. On le voit encore aujourd’hui, la plupart des talents formés en France sont recrutés pour renforcer des équipes à l’étranger. Nous avons besoin que la France dispose des talents nécessaires pour développer les projets sur son propre territoire. Les crédits d’impôts, qui ont été votés à la fois pour l’audiovisuel (25% de crédit pour les séries d’animation) et le cinéma (30% de crédit), sont importants pour développer une production française. Enfin, troisième mesure, le développement du crédit d’impôt à l’international : pour les productions étrangères qui souhaitent réaliser leurs projets en France peuvent venir en France et ainsi bénéficier de conditions très avantageuses.

Annecy : un événement qui a su se renouveler

En 1981, l’arrivée d’un nouveau gouvernement qui souhaite mettre en place une politique de décentralisation rend l’environnement favorable pour une prise en charge de la manifestation par les Annéciens. Le CNC est à prêt à accompagner ce mouvement et l’Asifa, sous l’impulsion des réalisateurs internationaux, désire également une évolution de la formule du Festival et de ses modalités de sélection. Des discussions démarrent entre le CNC, le sénateur Charles Bosson (président fondateur du Festival) et Pierre Jacquier, président des Journées Internationales du Cinéma d’Animation. Au final, la non-reconduction du contrat du directeur, le transfert du secrétariat permanent de Paris à Annecy et la mise en place d’un comité de sélection international sont décidés.

Jean-Luc Xiberras est engagé en juillet 1982 pour mettre en place ces nouvelles orientations et renouer avec la profession de l’animation qui s’est divisée après l’éviction du directeur. Le ciné-club d’Annecy garde également ses distances et soutient Raymond Maillet, qui souhaite créer un autre festival. C’est dans ce climat polémique qu’est organisée l’édition de 1983 qui se tiendra dans le nouveau centre culturel de Bonlieu. L’existence de plusieurs salles permet alors des projections simultanées, dans différents formats de films et sur différents supports, ce qui était impensable dans l’ancien théâtre-casino. Les prémices d’un marché du film sont également mises en œuvre et des conférences thématiques sont organisées. Cette édition, en s’ouvrant à toutes les fonctions du cinéma d’animation, à toutes les cultures et techniques, se révèle être un véritable succès.

En 1984, Marie-Noëlle Provent succède à Pierre Jacquier à la tête des JICA. L’association organisatrice devient le Centre International du Cinéma d’Animation (CICA) et adopte de nouveaux statuts. Ceux-ci visent à élargir les activités liées au cinéma d’animation et à promouvoir un enracinement local de la manifestation. Désormais, toutes les décisions sont prises en tenant compte des évolutions du domaine de l’animation et du secteur de l’audiovisuel. Après l’ouverture en 1983 de la compétition aux films de commande, une section compétitive est également créée pour les films de télévision en 1985.

Le ministre de la Culture nommé en 1981, Jack Lang, donne une véritable chance au développement de la manifestation avec la promotion des “nouvelles images” et la mise en place du “Plan Image”. En 1985, la première édition du Marché International du Film d’Animation (MIFA) est ainsi co-organisée par le CICA et l’agence Octet (Agence pour la Culture par les Nouvelles technologies de Communication, association loi 1901 pour faire accélérer le développement et ainsi éviter les lourdeurs administratives liées à l’État, à sa tête Daniel Populus). Pour Jack Lang, ce marché “répond à la nécessité d’envisager aujourd’hui l’évolution de ce secteur dans son ensemble et dans ses aspects économiques”. Pour le CICA, ce marché doit permettre aux films présentés en sélection officielle de trouver plus facilement un distributeur. Les politiques publiques mises en œuvre dans les années 80 ont ainsi créé un environnement favorable pour l’animation française et favorisé l’émergence d’un secteur économique national.

Les années 80 et le plan image

C’est avec Daniel Populus que Jack Lang a pu créer l’agence Octet (sous forme d’association loi 1901) pour le plan Image. Jack qualifie les gestionnaires de cette agence comme un « commando » en charge du développement du cinéma d’animation tout en évitant les lourdeurs de l’administration, de l’État. « C’est vrai que si nous étions passé par l’administration traditionnelle, nous y serions encore… » dit-il amusé. Il rajoute : « Il fallait vraiment pousser, aller vite, trouver des formes d’actions qui ont été critiqués, on s’est fait tirer les oreilles à plusieurs reprises. Que l’État lance une association pour gérer des budgets, qui n’étaient pas minces, était quelque chose de pas commun ». Il fallait une détermination absolue pour faire revenir les créatifs, les studios, les producteurs en France et relancer la machine. Jack raconte : « Hier je me suis fait envoyer une copie de ce plan Image. Un gros paquet ! On était des bosseurs ! Tout était passé au peigne fin : la formation, la production, la diffusion, l’avenir… ». L’ancien ministre de la culture a conclu sa présentation par un message adressé à ses successeurs. Il souhaite voir cette volonté de soutenir le cinéma d’animation continuer, avec la même force qu’ils l’ont fait à l’époque.

La reconquête du marché intérieur de l’audiovisuel

Marc du Pontavice, président du studio d’animation Xilam, est intervenu pour parler de la reconquête du marché intérieur : l’offre, l’emploi et la construction d’un patrimoine français. Il a distingué quatre périodes entre 1993 et 2013.

• De 1983 à 1993

Avec le plan Image et les premiers studios (voir partie précédente).

• De 1993 à 1998 avec la structuration de l’industrie, poser toutes les pierres de ce secteur

Le premier défi est celui de la qualité et du financement parce qu’au niveau international les exigences sont de plus en plus importantes. De nouvelles chaînes télévisées thématiques voient le jour outre-Atlantique comme Nickelodeon en 1991 ou encore Canal J en France. Elles inventent un tout autre style de dessin animé, plus moderne, plus qualitatif qui ringardisent le côté mielleux des productions Disney. La France va prendre le train en marche avec la mise en place des premiers quotas d’animation qui ont joué un rôle très important et déterminant dans cette industrie domestique. Toutes les grandes chaînes contribuent chaque année un volume d’engagement dans l’animation qui permet à l’industrie d’avoir une visibilité dans un métier qui prend des années et pour lequel on a besoin d’une forme de récurrence dans les commandes pour pouvoir construire des studios. Il faut des financements mais aussi des talents. Nombreux sont les étudiants qui sortent des écoles, qui voyagent et qui se forment.

On entend souvent dans l’industrie des gens qui se plaignent des étudiants qui partent à l’étrange une fois la formation française terminée. De mon côté je n’ai jamais considéré que c’était une mauvaise chose, bien au contraire ! Je pense que les artistes ont besoin de beaucoup voyager, de se familiariser avec d’autres cultures. C’est ce qu’ils ont fait pendant toutes ces années, en apprenant beaucoup plus là-bas qu’il ne pouvait le faire en France. On était bien heureux de disposer de leurs expériences quand ils sont revenus. Dans ces années, quatre grands studios apparaissent : Marathon, Moonscoop, Xilam et Method animation. Ce sont les quatre studios les plus importants. Ils apprennent et réussissent à monter des plans de financements internationaux. Le vrai problème du métier à l’époque c’est que pour élever le niveau de qualité il faut augmenter les coûts de production.

Même si les grands groupes investissent plus dans l’industrie, cela ne suffit pas. Il faut alors aller chercher des financements ailleurs, et en début de production, comme en Italie, en Allemagne et même en Grande Bretagne. De plus en plus de co-productions se montent avec des diffuseurs étrangers. Les producteurs apprennent ainsi à créer des séries dont les codes sont universels, pour que le succès soit au rendez-vous partout dans le monde. Les enfants, avant l’âge de 10 ans, n’ont pas développé de barrières culturelles, il faut en profiter. L’animation s’ouvre aux autres pays avec des exemples comme Totally Spies, Les zinzins de l’espace, Oggy et les cafards, Code Lyoko…

• De 1999 à 2004 avec les années de consolidation

L’argent coule à flots et la France profite de cette effervescence, avec en plus Internet qui se démocratise pour le grand public. Le retour des dessins animés japonais représente également une manne financière pour d’autres pays avec des séries télévisées comme Pokémon. C’est à cette période que l’offre domestique est supérieure aux offres étrangères. La France, avec les États-Unis et le Japon, est l’un des rares pays qui peut s’en vanter. Certaines années, le cumul de production peut même monter jusqu’à plus de 300 heures ! Côté emploi, on tutoie bientôt les 3 000 personnes employées dans le secteur. Mais le Canada, fort de sa position imposante et du traité de co-production franco-canadien, avale une grande partie du patrimoine français. La France n’a pas réussi à se construire un catalogue digne de ce nom. Le SPFA (Syndicat des Producteurs de Films d’Animation), le CNC et quelques professionnels réfléchissent aux conditions pour changer la donne.

• De 2005 à 2015, la fin de la reconquête

Plusieurs facteurs permettent de consolider les œuvres françaises : l’apparition outils de l’animation numérique 2D et de la 3D, l’apparition de la chaîne Gulli en 2005, Canal + qui développent une politique d’investissement dans le secteur, et l’émergence de nouveaux marchés comme l’Asie. Marc du Pontavice conclut sa présentation en émettant l’idée de prendre le train des plateformes numériques qui peuvent offrir, selon lui, une formidable croissance en volume au secteur. Il a aussi rendu hommage à « l’intelligence collective » pour l’évolution positive du secteur.

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