[WIP long-métrage] Les hirondelles de Kaboul.

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Quel bonheur de voir ce projet refaire surface ! Le temps m’a paru long depuis 2015, date à laquelle j’ai pu apercevoir le projet – qui n’était alors qu’en développement (juste avant le stade de la production, pour rappel) – au Cartoon Movie. C’était l’un de mes favoris de cette édition 2015 avec ses traits graphiques et sa palette de couleurs. Cette année, j’ai assisté au work in progress. Alors, quelles sont les avancées ?

Intervenants de gauche à droite : Ivan Rouveure (producteur, Les Armateurs, photo @3DVF), Zabou Breitman (réalisatrice, Les Armateurs), Éléa Gobbé-Mévellec (réalisatrice, Les Armateurs). Modérateur : Dimitri Granovsky (Éditions Granovsky).

Été 1998, Kaboul en ruines est occupée par les talibans. Atiq et Mussarat sont mariés depuis des années et ne se parlent presque plus. Lui supporte mal sa vie de gardien de prison pour femmes. Elle, souffrant d’une maladie incurable, est à l’agonie. Mohsen et Zunaira sont jeunes, ils s’aiment profondément et veulent croire en l’avenir. Un geste insensé de Mohsen va faire basculer leur destin.

Les Armateurs travaillent sur le projet depuis 2012, projet initialement monté par Mysteo (en prises de vues réelles, à l’origine), une autre société qui a eu des difficultés à porter le projet après avoir fait une première adaptation du scénario. Les hirondelles de Kaboul est une adaptation du livre éponyme de Yasmina KHADRA sorti le 22 août 2002 aux éditions Julliard (plus de 600 000 exemplaires vendus en France et 250 000 dans les autres pays dans plus de 30 langues différentes). Voici le pilote qui date de 2015 :

Les hirondelles de Kaboul c’est l’histoire d’une solidarité, d’une entraide entre les femmes, une possible échappatoire à cette guerre. Les hirondelles étant une métaphore aux femmes qui osent fuir la répression des Talibans.

La réalisatrice Zabou était déjà sur le projet avec Mysteo. Les Armateurs souhaitant avoir le point de vue d’une femme à la réalisation c’est donc tout naturellement qu’elle est restée sur le projet. C’est suite à un appel à auteurs pour trouver la touche graphique du film qu’Éléa a rejoint le projet. Le duo était né comme nous l’écrivions déjà en 2015 : Zabou pour le côté technique et Eléa pour l’univers graphique.

Zabou prend la parole : “L’animation c’était ce qu’il fallait faire parce que le dessin, l’animation permet au spectateur de se projeter plus loin que les prises de vues réelles. D’autant que la représentation d’êtres humains est interdite par les Talibans, alors dessiner ces femmes qui subissent la répression de ces hommes est une ultime résistance. Que le dessin soit là contre l’obscurantisme”.

La réalisatrice raconte également comment elle s’est tout de suite entendue avec Éléa, comment elles étaient en symbiose sur le projet. Quand Éléa a proposé ses travaux, elle a dessiné un Taliban fumant une cigarette et portant des Ray-Ban… Ce qui a tout de suite plu à Zabou : “Il y avait quelque chose de très concret, de très actuel. Alors que l’action du film se déroule en 1998 durant la période estivale”. Cela peut paraître lointain, inaccessible, mais finalement ces répressions sont toujours d’actualité. La deuxième chose qui a plu à toute l’équipe, c’est qu’Éléa réussi à reproduire l’écrasant soleil de Kaboul.

On a essayé de mettre le minimum, les choses qui sont justes. Ne pas tout dessiner pour que le spectateur puisse reconstruire lui-même l’ensemble des choses et laisser la place d’exprimer son ressenti.

Pour le casting vocal, les choses ont été faites différemment : un enregistrement au tout début de la production par des acteurs et comédiens mais déjà en tenue locale, tchador et burqa. Zabou détaille le processus : “Ils jouaient par coeur, c’est à dire intime. Ils ont interprété complètement les personnages, avec les libertés que l’on a souvent au théâtre, avec des hésitations, des respirations et parfois des toux, etc. On a gardé tout ceci. C’est ce mélange de l’hyper réalisme du jeu d’acteur et de la délicatesse de cette image 2D qui propose pour moi quelque chose de très sensible, de très intime. Reproduire les fragilités rend les choses vraies. Surtout qu’ils avaient les costumes parce qu’on ne se tient pas de la même manière, on ne bouge pas de la même façon comme : boire un verre d’eau sous la burqa est moins évident qu’en temps normal.”

Le travail sur les images, les couleurs très “aquarelle” a été le plus proche possible de la réalité. L’équipe n’a pas cherché à dénaturer, à “dramatiser” les couleurs de Kaboul car cela aurait desservi le propos d’une vie retrouvée.  “On avait envie de montrer les choses telles qu’elles sont !”, ajoute Éléa. Zabou complète son propos avec cette phrase : “C’est affreusement beau.”

“On a essayé de mettre le minimum, les choses qui sont justes. Ne pas tout dessiner pour que le spectateur puisse reconstruire lui-même l’ensemble des choses et laisser la place d’exprimer son ressenti. C’est surtout pour ne pas prétendre à des choses qui seraient fausses : dès que l’on ne sait pas pour les décors, on enlève. Peu importe ce qu’il y a derrière, ce n’est pas au service de la narration. C’est cette direction que les décors prennent. Au moment de la couleur, on va encore enlever des traits noirs au cas où il y aurait encore trop de choses. Le trait est l’ombre. Il va disparaître là où les personnages sont impactés par la lumière”, termine Éléa.

Les personnages ont les traits des acteurs. Ils ont été designés en fonction des acteurs choisis dans la vie réelle. Nasish est d’ailleurs doublé par le père de Zabou, malheureusement aujourd’hui décédé. Émue, elle raconte comment elle vit cette situation : “Il n’est plus là, mais il est présent dans le film ! C’est très fort parce que c’est non seulement sa voix, mais aussi sa façon de se déplacer… C’est très touchant pour moi de l’avoir à l’écran. Ce n’est pas la même chose que si je le voyais dans un film en prises de vues réelles. Là c’est lui… .2 Un truc un peu “amélioré”. C’est difficile à expliquer ! C’est magique !”.

Ivan Rouveure, le producteur, termine cette séance sa partie de prédilection. Le public ciblé sont les adultes : “Ce n’est pas la cible “naturelle” pour l’animation. On a évidemment travaillé avec un budget en conséquence du potentiel commercial du film. Ce ne sont pas des mots que j’apprécie mais c’est une réalité avec ce budget de 5,7 millions d’euros. La qualité de nos partenaires a été un élément déterminant. C’est aussi ce qui nous (NLDR : les producteurs) met en confiance pour prendre des risques sur des projets de ce type.” Les hirondelles de Kaboul sera terminé à la fin de l’année pour une livraison avant Noël. Il est désormais attendu pour 2019, et on pourra y entendre entre autres les voix de Simon Abkarian, Hiam Abbass, Swann Arlaud, Zita Hanrot et sera distribué par Memento Films.


Foire aux questions


Comment vous avez collaboré entre vous deux ?


Éléa répond à cette question en disant que les choses se sont faites naturellement, que la volonté des deux réalisatrices était la même dès le départ : raconter les choses simplement en laissant plus de place au spectateur pour son imaginaire.

Elle ajoute : “Ce n’était pas quelque chose d’évident de s’approprier le projet car quand un best-seller existe on se demande ce que l’on peut rajouter de plus. Surtout, comment on en parle en tant que femme occidentale qui n’avons pas du tout vécu les mêmes choses que ces femmes de Kaboul ? Et pourtant leurs histoires nous ont touchées. Je pouvais m’approprier leurs histoires si j’arrivais à trouver le graphisme qui faisait sens. C’est comme ça que le contraste noir / blanc est venu en premier dans mes dessins, pour représenter la violence des propos. Petit à petit, la couleur est venue exister pour donner quelque chose de très surexposé qui exprimait ces lumières magnifiques de Kaboul. C’est là que nous avons décidé de raconter avec le dessin que les choses essentielles et que quand on en avait besoin.


Je pense que votre collaboration a aussi fait évoluer le scénario.


Zabou répond la première : “J’ai effectivement retravaillé le scénario écrit par Sébastien Tavel et Patricia Mortagne, notamment au niveau des dialogues. Parce qu’en fait je trouve qu’il manquait une étape. On a surtout commencé à travailler ensemble après le pilote alors forcément chaque chose nourrie l’autre. Les choses ne sont pas cloisonnées. On parle aussi beaucoup du son et de la musique, sans arrêt. Il y a un travail très fin à réaliser”.

Éléa ajoute : “Tu as aussi ajouté beaucoup d’images que l’on s’était créées en fabriquant le pilote, en s’inspirant de documentaires et de photos. On a eu accès à d’autres images”.


Même si le roman est une fiction, c’est bien le reflet d’une réalité dramatique…


Zabou : “1998, c’était vraiment l’apogée. Pour avoir une histoire horizontale, nous voulions rajouter une scène avec la coupe du monde de football parce que les spectateurs peuvent s’y dire : “Ah bon, c’était au même moment ?”. On sait tous où on était ou ce que l’on faisait à cette période. C’était une référence qu’on voulait garder mais nous n’avons pas réussi.”

l'auteur

Anthony

Créateur et rédacteur en chef du site. Passionné de cinéma d'animation depuis ma tendre enfance, j'ai monté le site afin de partager à un maximum de personnes mes découvertes.

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